
[Verse 1] Le comité créatif s’est réuni ce matin, Autour d’un PowerPoint vide et de cafés tiédis. La poésie fut classée parmi les frais incertains, Et l’audace renvoyée pour défaut de garantie. Après examen du dossier, Aucune idée n’a survécu. En revanche, le décolleté Fut retenu. À l’unanimité. Les métaphores coûtaient cher, Les courbes offraient un meilleur taux. Le service marketing préfère Les raccourcis aux mots. Le refrain peinait à convaincre, Le cadrage fut promu sauveur. Les vers manquaient de profondeur, On exhiba les gros bonnets. [Chorus] Voici notre secret. Il est très simple : On ne voit bien qu’avec les yeux. L’essentiel doit être visible. Les mêmes lèvres. Les mêmes corps. Les mêmes promesses. La perfection. Par millions. Ils vendaient des images. Nous avons acheté des mirages. Et des milliers de jeunes filles Qui se demandent en silence Pourquoi elles ne ressemblent pas À ce qui n’existe même pas. [Verse 2] Le clip déborde du canapé, Comme une réclame ordinaire. Entre un soda bien sucré Et le bonheur sous cellophane. On vend l’excès, Puis la privation. Le manque, Puis la solution. On fabrique la cicatrice, On commercialise le baume. Même usine. Même enseigne. Même royaume. Les lèvres gagnent du volume. Les existences en perdent un peu. Le scénario tient sur une image. Le modèle économique aussi. [Chorus] Voici notre secret. Il est très simple : On ne voit bien qu’avec les yeux. L’essentiel doit être visible. Les mêmes lèvres. Les mêmes corps. Les mêmes promesses. La perfection. Par millions. Ils vendaient des images. Nous avons acheté des mirages. Et des milliers de jeunes filles Qui se demandent en silence Pourquoi elles ne ressemblent pas À ce qui n’existe même pas. [Verse 3] Alors elle apprend la grammaire Des centimètres et des calories. Le poids des mots ne compte guère, Celui des hanches décide des vies. Chaque miroir devient expert, Chaque reflet devient verdict. Son propre corps passe en appel Sous un tribunal automatique. Elle achète un peu d’espérance Dans des flacons et des écrans. Des promesses de délivrance, Des filtres vendus comme traitements. On lui vend le manque et l’excès, La blessure et le pansement. Elle paie deux fois le même piège : D’abord la honte. Puis le remède. À force de vouloir correspondre À ces fantômes publicitaires, Elle s’efface centimètre après centimètre. Et dans le miroir, Ce qui disparaît, Ce n’est pas son défaut imaginaire. C’est son existence entière. [Chorus] Voici notre secret. Il est très simple : On ne voit bien qu’avec les yeux. L’essentiel doit être visible. Les mêmes lèvres. Les mêmes corps. Les mêmes promesses. La perfection. Par millions. Ils vendaient des images. Nous avons acheté des mirages. Et des milliers de jeunes filles Qui se demandent en silence Pourquoi elles ne ressemblent pas À ce qui n’existe même pas. [Outro] Il vendait le tube de l’été. Elles y ont laissé leurs étés.

