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À ta hauteur

V6

[Intro – violoncelle seul, phrase grave, puis le piano] [Couplet 1 – voix grave, très posée] Trois heures du matin, la maison dort, pas moi : je refais ma journée comme on recompte sa monnaie. Le mot trop sec au dîner, la voix qui monte une fois, le « pas maintenant » lâché sans même te regarder. Je me demande ce qui restera, ce que tu garderas, si c’est le rire du matin ou la porte qui a claqué, si l’on se souvient des câlins ou des fois où l’on n’était pas là — et je ronge mes pensées jusqu’à l’os, jusqu’au lever. [Refrain – chanté bas] À la hauteur de tes yeux qui me croient fort, de ta main qui me fait confiance, de tout ce que tu ignores encore… À la hauteur ? Je me le demande à toute heure : on ne naît pas parent, on le devient, à tâtons, en se trompant, sans fin. [Couplet 2 – le piano s’installe, percussion très discrète] Il n’y a pas de notice au fond du berceau, pas de touche « effacer » quand on s’est trompé de ton. On fait avec ce qu’on a reçu, le lourd et le beau, on se jure de faire mieux, de changer la chanson… Et puis un soir on s’entend, la voix plus haute qu’on voudrait, dire mot pour mot la phrase qu’on détestait enfant. Alors on va s’asseoir au bord de ton lit défait, et l’on dit « pardon » tout bas — à toi, et à l’enfant d’avant. [Refrain] [Pont – parlé, violoncelle seul] Tu ne sais pas tout ça. Tu me regardes comme on regarde une montagne. Tu crois que je sais. Que je sais toujours. Et moi, la montagne, j’ai le vertige. [Break – violoncelle et piano] [Couplet 3 – voix grave, un peu plus haut, apaisée] Mais l’autre nuit, à ta porte, je t’ai entendue parler à ton doudou, tout bas, avec ma voix, avec mes mots : « N’aie pas peur, je suis là, je ne vais pas te lâcher… » Mes mots. Ceux que je doutais d’avoir su dire comme il faut. Alors j’ai compris que tu ne comptais pas mes erreurs, que tu ne cherchais pas un père sans faute et sans faille : tu voulais quelqu’un qui reste, qui revienne après la peur, qui se trompe, qui s’excuse — et qui jamais ne s’en aille. [Refrain final – chanté, apaisé] À la hauteur, pas d’une montagne, pas d’un roi : à la hauteur de tes yeux, à genoux, tout près de toi. À la hauteur ? Je me le demande encore, à toute heure — mais ce n’est pas si haut, peut-être : juste assez bas pour te connaître. [Outro – violoncelle seul, une note tenue, voix parlée] À ta hauteur. C’est là que je veux être.