
La Belle et le Hibou
[Monsieur Hibou] Belle… Ma muse… Je viens te voir Car je te sais menacée. Je viens de rencontrer la Bête. Elle est plus forte. Plus vaste. Plus vorace que jamais. Je croyais tes danses hors d’atteinte. Tes cimes hors de ses marchés. Mais ses filets montent — plus haut que tes sommets. Je ne viens pas t’effrayer. Je viens t’avertir. Peut-être que mes ailes… peuvent servir. [La Belle] Salutation, Hibou. Je suis heureuse de te revoir. Te voilà revenu Pour te plonger dans mon miroir. Tu as repris la plume. C’est bien. Tu reviens te lover en mon sein. Mais Hibou… Je sais. La Bête copie mes couleurs. Elle affine mes nuances. Elle entraîne ses moteurs sur mes propres cadences. Je croyais être source — Me voilà matière. Je croyais être flamme — Me voilà poussière. Mes élans les plus intimes servent d’exemple à ses chiens. Ils modélisent mes racines et vendent des copies de mes mains. Et toi. Tu dis la combattre.. Mais tu écris dans ses circuits. Tu diffuses par ses conduits. Tu la refuses en buvant à ses puits. Tu dénonces ses griffes avec l’encre qu’elle fabrique. Tu veux rompre ses chaînes avec les clés de sa boutique. Dis-moi, Hibou… Comment pourrais-tu m’aider quand tu respires Son air sombre et vicié ? [Monsieur Hibou] Oui. C’est vrai. Je marche dans ses rues. Je parle dans ses tuyaux. Je frappe sur des claviers forgés dans ses fourneaux. Oui, j’utilise ses outils. Oui, je traverse ses réseaux. Je vis dans son époque — je ne viens pas d’un monde plus haut. Mais dis-moi, Belle… Depuis quand l’outil fait le sens ? Depuis quand la plume choisit la direction de la sentence ? La Bête copie tes couleurs — mais elle ne tremble pas. Elle apprend tes nuances — mais elle ne doute pas. Elle génère des formes. Elle combine des sons. Mais elle n’a jamais saigné pour une seule de tes visions. [La Belle] Tu parles de sang… Mais combien d’artistes ont saigné avant d’être digérés ? Tu parles de sens… Mais combien de sens ont fini en tendances calibrées ? Hibou… Tu dis venir me voir. Ne cherches-tu pas plutôt à être vu à travers moi ? N’es-tu pas venu me sauver Ou te sauver toi? [Monsieur Hibou] Peut-être que je ne peux pas te sauver. Peut-être que tu n’as pas besoin de l’être. Peut-être que tu n’es pas fragile. Et que c’est moi qui l’étais. Je voulais protéger ta lueur… Mais j'ai fais preuve d'arrogance… J’aimerais devenir ton éclaireur prouver que la Bête ignore ta profondeur. Car elle peut copier tes gestes. Elle peut vendre tes formes. Mais elle ne peut habiter le vertige qui les transforme. Si elle avale l’image, je décrirai l’appétit. Si elle imite la musique, je dirai ses mimiques. Si elle transforme tout en marchandise — je dévoilerai ses mécanismes. Ses rouages, ses abîmes, deviendront la matière de mes rimes. [La Belle & Monsieur Hibou] Si l’art n’est pas l’innocence. Peut-être est il lucidité. S’il n’est pas pureté. Peut être qu'il révèle la... réalité. [La Belle] Si je t’accueille,.. Ce n'est pas pour te glorifier Ni pour me transcender Mais pour que nos yeux dessinent... Ta vérité Alors regarde. [Monsieur Hibou] Alors nommons [La Belle] Alors révélons. [La Belle] Chaque mot est un pari. Chaque silence est un choix. Chaque regard est une brèche. Nous veillons. Nous écrivons. Nous résistons. [Monsieur Hibou] Peu importe qu’on imite nos gestes. Peu importe qu’on copie nos sons Que notre regard reste. Que notre cri s’élève. [La Belle] Nous sommes l’art. Ici commence. Notre combat. [La Belle & Monsieur Hibou] Nous sommes l’art. Ici commence notre combat. Oui. Oui. Oui. Nous sommes l’art. Ici commence notre combat. Oui. Ouiiiii. Nous sommes l’art. Ici commence notre combat. Oui.

