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Recueil Fr Sextine 4/8 Francesco Petrarca XIVe

V4

Celui qui vogue sur les flots trompeurs, Évitant rochers et la mort en frêle esquif, Ne peut rester longtemps loin de sa fin. Mieux vaudrait-il chercher un port paisible, Tant que la voile suit encor sa route, Guidée par le souffle d’un vent docile. Ce vent léger auquel voile et gouvernail Je confiai, en embrassant la vie, Espérant aborder en sûr refuge, M’a conduit maintes fois contre les rochers, Et les raisons de mon cruel naufrage N’étaient pas seulement hors de l’esquif. Enfermé trop longtemps dans cet esquif, J’errai sans même lever l’œil aux voiles, Qui, loin du jour, m’emportaient à ma fin. Puis il plut à Celui qui me donna vie, De me tirer, hélas, loin de ces rochers, Pour qu’au moins de loin, j’entrevoie un port. Tel un phare, brillant au fond d’un port, Que nul navire ne peut entrevoir, Avant qu’orage ou rochers ne le lui ôte, Ainsi, du haut de ma voile gonflée, Je vis, tremblant, le signe d’autre vie, Et dans un souffle, j’aspirai ma fin. Non que je sois en paix avec ma fin : Car vouloir toucher terre avec l’aurore, C’est long voyage en si brève existence ! Je crains, voyant mon esquif si fragile, Et cette voile, hélas, bien trop gonflée Du vent qui m’a poussé contre les rochers. Si je survis aux pièges de ces rochers, Si mon exil connaît un doux dénouement, Je serais prompt à replier ma voile, Et jeter l’ancre en quelque havre sûr ! Mais je brûle tel un bois consumé, Et quitter mon ancienne vie m’est dur. Seigneur de mon départ et de ma vie, Avant que l’esquif ne rompe sur les rochers, Conduis ma voile épuisée en un port.