
Pour tous ceux qui ont froid Et se mettent en boule, Pour tous ceux qui sont rois Dans leurs hardes trouées, Pour tous ceux qui sont froids Mais le ventre noué Au-dedans du tombeau, Et la tête qui roule, Entraînée par le flot, J'écris. Pour tous ceux qui ont peur De leur ombre obscurcie, Plongés dans la terreur De leur cave sans fond, Pour tous ceux qui ont peur De leur gouffre profond, Qui vivent en tremblant, Couchés, parfois assis, Guettant le matin blanc, J'écris. Pour tous ceux qui sont seuls Et croient l'être vraiment Alors que mille gueules, Attendries, les regardent, Pour tous ceux qui sont seuls Et errent par mégarde Au milieu du néant, Particules, éléments Flottant dans l'océan, J'écris… Pour tous ceux qui ont mal A se jeter la tête, Ou tout, dans le canal Et qui hurlent en vain, Pour tous ceux qui ont mal A plonger dans le vin, A pleurer, à mourir, A se faire la fête, A se tuer, sans rire, J'écris. Pour tous ceux qui ont faim D'un sourire ou d'un coup, Pour tous ceux qui, enfin, Lâchent tout brusquement, Pour tous ceux qui ont faim A bouffer leur maman, A dévorer tout cru Et du sang jusqu'au cou Le passant dans la rue, J'écris ! Pour tous les minuscules Et les âmes leurrées Qui croient, non, qui sont sûrs, Que personne n'est là, Pour tous ceux qu'on encule A longueur de trépas Et qui vivent encore, Soirée après soirée, En appelant la mort, J'écris. —------- Pour tous ceux que l'on voit : Pour tous ceux que l'on voit Et qui soudain existent Et se lèvent, et tournoient, Délivrés de la mort, Pour tous ceux que l'on croit : Pour tous ceux que l'on croit, Qui respirent encore Et ouvrent les paupières Ainsi que la fleuriste Un volet de lumière, J'écris ! Pour tous ceux qu'on écoute : Pour tous ceux qu'on écoute Et qui se déshabillent, Abandonnent leurs doutes Et osent se montrer, Pour tous ceux qu'on écoute Pour tous ceux qu'on écoute Et qui parlent, et qui créent, Et qui dansent enfin Au milieu du courant, Qui apaisent leur faim, J'écris ! Pour tous ceux qu'on caresse : Pour tous ceux qu'on caresse Et qui ferment les yeux, Relâchant tout leur stress En un si long soupir, Pour tous ceux qu'on caresse : Pour tous ceux qu'on caresse Et qu'on sauve du pire, Et qu'on tire d'enfer, Et qui ouvrent les yeux A la brise légère, J'écris ! Pour tous ceux qu'on nourrit Pour tous ceux qu'on nourrit Et qui pourront grandir, Pour tous ceux qu'on chérit, Qui reprennent leur forme, Pour tous ceux qu'on nourrit, Pour tous ceux qu'on nourrit, Que le plaisir transforme Et qui vont très bientôt Re-pouvoir repartir, De la vie dans les os, J'écris ! Pour tous ceux qu'on accepte : Pour tous ceux qu'on accepte Et qui, déjà, sourient, Loin des phrases ineptes Et menteuses des cons, Pour tous ceux qu'on accepte : Pour tous ceux qu'on accepte Et qui lèvent leur front Dans le silence clair Des soyeuses prairies, Pour tous ceux qu'on déterre, J'écris. —------- © Arthur Sens 2001 (même si publié en 2026) Paroles originales, tous droits réservés

