
Un crayon, Un papier, Elle dessine, Pas besoin de gomme. D’une main Assurée, Elle dessine, Elle dessine un homme. Faut la laisser faire, Assise par terre, Faut la laisser faire, Elle vit son enfer… C’est une enfant d’à peine huit ans, Un peu trop pâle, un peu trop frêle, Comme les demoiselles d’antan, Gantées de blanc sous leurs ombrelles. Depuis cette nuit de novembre, Elle n’a plus prononcé un mot Elle n’est plus sortie de sa chambre Et ses volets sont restés clos. Ses yeux ne se posent plus Sur ses jouets empoussiérés Et ses poupées sont restées nues, Ses livres et ses cahiers fermés. Un crayon, Un papier, Elle dessine, Pas besoin de gomme. D’une main Assurée, Elle dessine, Elle dessine un homme. Faut la laisser faire, Assise par terre, Faut la laisser faire, Elle vit son enfer… Elle dessine un homme de dos, Qui s’éloigne dans le crachin, Ceinturé dans un vieux manteau, Une valise à chaque main. Elle fait et refait son dessin, Depuis des mois sans se lasser, Le crayon serré dans sa main, Sans lever ses yeux fatigués. Un crayon, Un papier, Elle dessine, Pas besoin de gomme. D’une main Assurée, Elle dessine, Elle dessine un homme. Faut la laisser faire, Assise par terre, Faut la laisser faire, Elle dessine… Son père ! Son père ! Son père ! Son père !

