
Sur un désert trop vaste pour un cœur, Un homme nu brandit sa maigre lueur, Il tremble face aux bêtes aux jambes de fil, Le soleil blanc perce un ciel immobile. Un cheval surgit, furieux, suspendu, Ses sabots frappent l’air comme l’inconnu, Sa crinière brûle de vents impossibles, Il avance sur des pattes fragiles. Derrière lui des ombres élancées, Des géants aux corps d’ébène étirés, Portant sur leurs dos des palais d’or, Comme si le monde pesait si fort. Une femme danse au sommet d’un vase, Son corps s’allume, le désert l’embrase, Sa pose défie le vide sans fin, Elle flotte au-dessus du destin. Un nuage lourd traîne une tour, Il pend d’un fil tremblant sans détour, Et dans l’épaisseur du bleu sale, Un mur de fumée monte en spirale. Des silhouettes minuscules, isolées, Courent sous les monstres comme désamarrées, Le sol craque sous le poids de rien, Dans un monde qui ne tient plus à rien. Le ciel verse une lumière étrange, Entre la peur et l’appel des anges, Tout se dissout dans un vert trop clair, Comme si le temps retenait son air. Et l’homme à genoux, perdu, fragile, Tend sa croix vers ce cortège hostile, Cherchant peut-être un dernier secours, Alors que s’étire l’infini du jour. Oh, défilé des mirages, Qui traverse le sable sans âge, Vos pas trop longs brisent le vent, Vos corps sont des rêves tremblants. Oh, défilé des mirages, Emporte nos âmes en passage, Vers un horizon dérivant, Où le réel se perd lentement.

