
LE TRÔNE N’A BESOIN DE PERSONNE
- Une œuvre originale de Uther el Conti, réalisée avec assistance créative - © Copyright 2026 - Correspondance avec Veil Ripper Records @veilripperrecords This song is part of the playlist "CORRESPONDANCE(S) DU VIDE" https://suno.com/playlist/7885597e-be43-4675-bb66-26384309050d ____________________ [INTRO] Tu m’as demandé : « Qui, en toi, occupe le centre ? L’Ego ? Le Soi ? Dieu ? » J’ai regardé longtemps l’endroit que tu désignais. Il n’y avait personne. Alors une pensée m’est venue : Peut-être que notre erreur n’était pas d’avoir placé l’Ego sur le trône. Peut-être était-ce d’avoir construit le trône. [COUPLET 1] J’ai déposé mon nom au pied de mes certitudes, Rendu mes vieux mérites, mes raisons, mes vertus. J’ai laissé mes victoires rejoindre leurs cercueils, Et regardé mourir le royaume de l’orgueil. Tu avais raison sur une chose : Le Moi adore régner. Même lorsqu’il s’humilie, il signe encore son humiliation. Même lorsqu’il renonce, il contemple son renoncement. Même lorsqu’il dit : « Je ne suis rien », il espère parfois être admiré pour avoir si bien disparu. [PRÉ-REFRAIN] Alors j’ai cessé de défendre l’Ego. Je l’ai laissé descendre. Sans procès. Sans couronne. Sans épitaphe. Mais lorsque le siège fut enfin vacant, tu as prononcé un autre nom. [REFRAIN] Le trône n’a besoin de personne. Ni de moi, ni du Soi, ni d’un ciel pour gouverner mes ruines. Le trône n’a besoin de personne. Je peux perdre le centre sans en chercher un nouveau. Tu appelles cela l’absence. J’appelle cela ne plus avoir besoin d’un roi. Et si le vide reste vide, pourquoi faudrait-il le sauver ? [COUPLET 2] Tu me parles d’une totalité plus vaste que ma conscience, D’un ordre silencieux derrière mes incohérences, D’un principe souverain qui n’attend pas mon accord, D’une Grâce qui commence lorsque mon règne est mort. Je comprends. Peut-être même que j’envie parfois cette architecture. Mais je me méfie des cathédrales que nous construisons au-dessus de nos vertiges. Car l’homme supporte très bien de perdre une illusion à condition qu’on lui permette d’en sacrer une autre. [COUPLET 3] Tu dis : « L’Ego préfère un Dieu faible parce qu’il veut rester intact. » Peut-être. Mais une autre question me poursuit : Et si l’Ego pouvait également désirer un Dieu absolu pour être enfin délivré du poids d’exister sans justification ? Et si la Souveraineté elle-même pouvait devenir son dernier refuge ? Non plus : « Je règne. » Mais : « Quelqu’un règne sur moi. » Deux phrases opposées. Et pourtant… la même peur possible : qu’il n’y ait personne aux commandes. [REFRAIN] Le trône n’a besoin de personne. Ni de moi, ni du Soi, ni d’un ciel pour gouverner mes ruines. Le trône n’a besoin de personne. Je peux perdre le centre sans en chercher un nouveau. Tu appelles cela l’abandon. J’y vois peut-être une liberté sans propriétaire. Et si le vide reste vide, je ne lui demanderai pas de devenir Dieu. [PONT] Je ne dis pas : « Dieu n’existe pas. » Ce serait encore savoir beaucoup trop de choses. Je dis seulement : Je ne sais pas. Et je refuse de transformer ce « je ne sais pas » en marchepied vers une certitude. Tu vois dans le silence la présence d’un Souverain qui n’a plus besoin de parler. Je vois le même silence. Voilà peut-être toute notre différence. Tu entends quelqu’un qui se tait. Moi, je ne sais pas s’il y a quelqu’un. Et étrangement, cela ne m’effraie plus autant. Le monde continue. Les arbres n’ont pas demandé de métaphysique. Les pierres ne réclament aucun salut. Les morts ne corrigent plus nos théories. Et quelque part, un homme regarde le ciel sans savoir s’il est observé. [COUPLET 4] J’ai longtemps cru que perdre Dieu signifiait devenir orphelin. Puis j’ai compris que même cette image était humaine. L’univers ne m’avait jamais promis de père. Je lui avais simplement donné ce visage pour rendre son silence supportable. Peut-être avais-je tort. Peut-être as-tu raison. Mais entre ces deux possibilités, je préfère encore cette pauvreté : ne pas savoir. [DERNIER REFRAIN] Le trône n’a besoin de personne. Que l’Ego tombe. Qu’il tombe enfin. Qu’il cesse de transformer chaque blessure en royaume personnel. Mais lorsque sa couronne touchera le sol, ne me demande pas immédiatement qui doit la ramasser. Laissons-la là. Un instant. Un siècle. Une éternité s’il le faut. Peut-être que la Grâce viendra. Peut-être que rien ne viendra. Et pour une fois, ne faisons pas de notre impatience une preuve de l’invisible. [OUTRO] Tu dis : « La guérison commence lorsque l’Ego cesse de vouloir régner. » Sur ce point, nous sommes d’accord. Alors l’Ego ne règne plus. Le palais est silencieux. La couronne est dans la poussière. Le trône est vide. Tu regardes cet espace et tu prononces : « Dieu. » Je regarde le même espace. Et je réponds : « Peut-être. » Mais dis-moi… si nous avons enfin cessé de vouloir régner, pourquoi avons-nous encore tellement besoin que quelqu’un règne ?

