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Sans Visage…

[Intro — lent, lourd, voix grave] Réveille-toé… Une autre journée qui s’lève dans l’brouillard, Le monde vire fou avant même qu’y fasse noir. Les nouvelles crachent leur venin dans l’écran, Pis tout l’monde fait semblant qu’ça va ben aller demain. Des rouges, des bleus, des beaux parleurs en cravate, Ça promet la paix pendant qu’en dessous, ça s’bat. À Québec comme à Ottawa, les portes restent barrées, Pendant qu’les vraies décisions s’prennent loin des caméras braquées. [Couplet 1] Les émissaires avancent avec leurs faces de ciment, Des plans dans leurs poches, du sang sur leurs gants. Ils marchandent le pouvoir comme un vieux char volé, Pendant qu’les gros calibres continuent d’s’empiler. Des secrets enterrés ben creux sous le béton, Des erreurs maquillées en belles décisions. Méfiance partout, un autre peuple sacrifié, Crisse, combien d’fois l’histoire va falloir recommencer? La famine ravage des terres déjà vidées, Pendant qu’ailleurs le blé pourrit dans les greniers. On nous nourrit à cuillère de clips pis d’émissions, Pour qu’on oublie deux minutes la vraie destruction. [Pré-refrain] Montréal brille encore sous les néons mouillés, Le Saint-Laurent roule noir sous les ponts illuminés. De la Côte-Nord jusqu’aux rues du Vieux-Québec, On entend la même question cogner dans nos têtes : [Refrain — puissant, clair, mélodique] Sans visage! C’est à vous de jouer! Dites-moé donc qu’est-ce que vous voulez prouver? Pourquoi vous cachez-vous quand vient l’temps d’assumer? Vous allumez l’incendie pis vous nous dites de prier! Sans visage! J’vas pas fermer les yeux! J’ai vu vos belles promesses partir en feu. Vous pensez nous tenir par la peur pis le froid? Tabarnak… vous nous connaissez donc ben pas! [Couplet 2] Pleins feux sur ceux qui ont rien demandé, Enlèvements, rançons, fortunes détournées. La justice se tord selon celui qui la tient, Pis celui qui parle trop fort disparaît au matin. Terreur dans le ciel, panique sur les ondes, Une bombe dans un char peut réveiller le monde. Des chefs qui tombent, des frontières en flammes, Toujours un autre fou qui prétend sauver nos âmes. Le contrôle, c’est leur maudit Saint-Graal, Ils bénissent leurs armes dans leurs grandes cathédrales. Du sang sur les mains, mais la chemise est blanche, Pis quand vient l’heure des comptes, tout l’monde prend sa revanche. [Pont — plus lent, atmosphérique] J’regarde la neige tomber sur Montréal, Comme si elle pouvait couvrir tout l’mal. Octobre nous a déjà appris la peur, Les soldats dans les rues, le doute dans les cœurs. Pis sur les Plaines quand le vent vient du fleuve, Les vieux fantômes nous rappellent encore leurs preuves. Les empires changent de drapeau, de langue pis de roi, Mais c’est toujours le p’tit monde qui ramasse les dégâts. [Break instrumental — guitare lourde, basse très présente] [Couplet 3] Tiers-monde pris dans un jeu d’otages, Chaque caméra transforme la peur en spectacle sauvage. Prie ton Dieu, prie le mien, prie celui que tu voudras, Quand les portes vont fermer, personne répondra. Un aveugle mène l’autre au bord du ravin, La pitié s’est perdue quelque part en chemin. Des victimes à genoux demandent juste la paix, Pendant qu’les puissants calculent combien ça peut rapporter. J’ai vu assez de drapeaux finir déchirés, Assez de belles paroles aussitôt oubliées. J’ai entendu vos menaces, j’ai retenu vos voix, Même derrière vos cagoules, j’sais qu’vous tremblez comme moi. [Refrain — plus massif] Sans visage! C’est à vous de jouer! Dites-moé donc qu’est-ce que vous voulez prouver? Pourquoi vous cachez-vous quand vient l’temps d’assumer? Vous allumez l’incendie pis vous nous dites de prier! Sans visage! J’vas pas fermer les yeux! J’ai vu vos belles promesses partir en feu. Vous pensez nous tenir par la peur pis le froid? Câlisse… vous nous connaissez donc ben pas! [Pont final — chant grave, presque parlé] Du Stade jusqu’au Château Frontenac, Sous les lumières ou dans le noir opaque, Y’a du monde debout qui refuse d’avoir peur, Même quand la nuit vient cogner en plein cœur. On n’est pas des saints. On n’est pas des rois. On sacre, on tombe, Mais on s’relève chaque fois. [Dernier refrain — mélodique, énorme] SANS VISAGE! Montrez-vous donc pour une fois! Vous voulez notre silence, Mais vous l’aurez pas! SANS VISAGE! Votre règne finira! Même au cœur de janvier, Y reste un feu qui meurt pas! Vous pouvez barrer les portes, Vous pouvez mentir aux rois… Mais icitte, sacrament… On pliera pas. [Outro — lent] Le Saint-Laurent continue de couler… La neige finit toujours par fondre… Les empires finissent par tomber… Pis nous autres? On est encore là.