
Sidney Crosby
Sidney Crosby vient jouer à Montréal demain. Je souhaite que mes Habs gagnent la partie, mais je souhaite aussi que Sidney puisse compter à Montréal. Il se rapproche de Gordie Howe pour le record de points avec une seule équipe, mais surtout, il est sur le point de dépasser les mille sept cent vingt-deux points de Mario Lemieux, marquant ainsi un moment historique à Montréal. Un but à Montréal aurait une signification particulière, surtout après le récent hommage rendu à Mario Lemieux. Cela ferait de Crosby le meilleur pointeur d’une seule équipe dans l’histoire de la LNH, un exploit unique. À trente-huit ans, chaque but, chaque point témoigne de sa longévité et de sa persévérance, consolidant son statut de légende vivante, alors qu’il n’est pas près de prendre sa retraite. Ses performances continuent de redéfinir le jeu, et ce but serait un nouveau chapitre dans l’histoire du hockey moderne qu’il a contribué à façonner. À Montréal — la ville même où s’est fondée la Ligue nationale de hockey le vingt-six novembre mille neuf cent dix-sept, succédant à l’Association nationale de hockey, et où a débuté la première saison en décembre mille neuf cent dix-sept, avec les Canadiens de Montréal et les Wanderers de Montréal parmi ses quatre équipes fondatrices — Montréal est le berceau du hockey professionnel moderne en Amérique du Nord. Comprenez-moi bien : Crosby incarne, pour une large part du public montréalais, le joueur québécois-adjacent par excellence : francophile, respectueux de la tradition, profondément attaché au jeu « à l’ancienne ». À plusieurs égards, il correspond au profil du joueur que Montréal valorise historiquement : leadership silencieux, excellence constante, sens aigu des responsabilités collectives. Contrairement à d’autres superstars, Crosby n’a jamais été perçu comme un antagoniste honni à Montréal. On lui reconnaît une forme de légitimité morale : il gagne « comme il faut ». À Montréal, chaque jeune joueur d’élite est implicitement comparé à ce que Crosby représente : la constance plutôt que la flamboyance, la culture du détail, la primauté du collectif, l’exemplarité hors glace. Autrement dit, Crosby est moins un regret qu’un modèle fantasmé : ce que Montréal voudrait produire ou accueillir, mais que son propre écosystème rend difficile à faire émerger. Crosby est devenu une sorte de saint patron non officiel du hockey bien fait, y compris à Montréal. Il n’est pas des nôtres, mais il est respecté comme s’il en partageait l’ADN moral. S’il compte un but, j’aimerais qu’au-delà des clivages partisans, on fasse un temps d’arrêt : une minute de rétrospective vidéo, où Sidney reçoit l’ovation debout de sa vie. Qu’il puisse bénéficier du transfert d’affection que seuls les partisans des Canadiens savent transmettre à un joueur de la LNH, à titre de reconnaissance pour une vie d’athlète constante et honnête. Bien sûr, c’est un rêve. Mais je rêve que, durant une minute, Sidney ait le goût de devenir membre de notre équipe, dont il est le frère de sang à travers le cœur.

