
[Refrain] Je l’accompagne faire les soldes… quelle brillante idée. Trois heures que j’erre entre deux portants pliés. Elle dit : “J’ai fait des économies, regarde ce prix !” Et moi je regarde… mon compte qui crie. [Couplet 1] Tout a commencé par un : “Viens, ça va être sympa !” Une sortie à deux… enfin, surtout pour moi. Elle court dans les rayons, telle une biche traquée, Et moi je suis derrière, tel un sac à roulette usé. Je n’ai plus de 4G, même le Wi-Fi s’est suicidé, J’ai tenté de lire l’étiquette d’un gilet pour m’occuper. Les vendeuses me prennent pour un vieux pervers, Qui suit une jeune femme sans savoir quoi faire. [Refrain] Je l’accompagne faire les soldes… elle flotte dans l’euphorie, Moi j’compte les étiquettes comme on compte les jours en prison, petit à petit. Elle dit “Je fais de bonnes affaires, tu vas voir c’est joli !” Mais à part si elle a quinze clones, j’vois pas l’bénéfice. [Couplet 2] “Cette jupe est jolie… mais c’est pas ma taille du tout. Tu crois que j’peux la prendre quand même ?” – j’ai dit “Bien sûr, mon chou !” Elle rit, elle empile, elle jongle entre les cabines, J’ai vu ma carte pleurer. Elle savait ce qui l’attendait, la pauvrine. J’ai vu une cliente charmante, un brin distinguée, Mais mon instinct m’a crié : “REGARDE BIEN AILLEURS, POUR TA SÉCURITÉ !” Et j’ai obéi, humblement, fixant un cactus décoratif, Pendant qu’elle m’appelait pour lui donner mon avis objectif… [Pont parlé — voix blasée mais polie] “Regarde ce manteau ! Il est à -60 %… mais seulement en rose fluo. Et il est moche… Mais bon… -60 % quand même. Non ?” [Couplet 3] Le chariot déborde, c’est un empilement textile, Il faudra une nouvelle maison et trois penderies pour stocker ce style. “On a été raisonnables”, dit-elle, avec douceur, Alors que ma carte bleue a pris feu. Littéralement. En pleurant de douleur. Moi je rêve d’un banc, d’un chocolat chaud, Mais non, elle crie : “Oh regarde là-bas ! Encore des promos !” Et me voilà reprenant la marche, tel un âne loyal, Dans ce safari de fringues… mon cœur devient vestimentairement bancal. [Refrain final] Je l’accompagne faire les soldes… c’est l’amour, paraît-il. Moi j’en sors vidé, émotionnellement stérile. Elle me dit : “T’as été parfait, vraiment merci chéri.” Moi je souris. Et j’me dis : L’année prochaine, je feins une ernie.

