
[Intro parlé dans un vieux téléphone, saturé par un vièille homme de 60 ans avec une voix cru et sec] "La France dort debout sous les néons de ses mensonges, Des costards vendent la paix pendant qu’la misère s’allonge, On nous parle d’égalité, j’vois surtout des écarts, Des darons cassés par l’usine, des gamins visés par les regards, La télé gave les crânes, la rue ramasse les restes, La République promet la table, mais combien bouffent que les miettes ? Ici la peur fait campagne et la vérité dérange, Alors j’écris comme on cogne, parce que le silence nous mange." [Voix d'un mec normal avec une voix normal] Couplet 1 J’suis né dans un décor où l’béton connaît nos prénoms, Où les rêves prennent l’bus tard, reviennent souvent sans raison, Les halls sentent la fatigue, le shit, les discussions tristes, Les mères prient en bas d’chez nous pendant qu’la BAC fait ses listes, Y a les petits qui veulent briller, mais l’horizon manque de place, On leur vend des vies en vitrine, eux voient les huissiers dans l’impasse, Le prof parle de mérite avec vingt-cinq élèves au bord, Mais l’avenir fuit la classe quand le frigo crie plus fort. Refrain On vient d’en bas, là où la nuit connaît nos blazes, Là où l’État passe souvent quand faut compter les dégâts, On garde la tête haute même avec l’monde sur le dos, On fait du vrai dans un pays qui maquille trop ses mots, On vient d’en bas, entre la colère et l’espoir, Le cœur cabossé, mais la dignité dans l’regard. Couplet 2 J’ai vu la politique comme un théâtre aux rideaux sales, Des slogans pour les caméras, puis plus personne dans les escales, Ils viennent serrer des mains quand les élections approchent, Après l’quartier redevient flou, comme une tache au fond d’leurs poches, Ça débat sur l’identité, sur qui mérite la nation, Pendant qu’les patrons délocalisent avec la bénédiction, Le rap c’était notre journal, notre psy, notre porte-voix, Un moyen d’tenir debout quand personne calculait nos droits. Refrain On vient d’en bas, là où la nuit connaît nos blazes, Là où l’État passe souvent quand faut compter les dégâts, On garde la tête haute même avec l’monde sur le dos, On fait du vrai dans un pays qui maquille trop ses mots, On vient d’en bas, entre la colère et l’espoir, Le cœur cabossé, mais la dignité dans l’regard. Couplet 3 Mon pays parle fort de liberté mais trie ses enfants, Distribue des drapeaux, puis des dossiers quand t’es différent, J’ai vu des frères perdre foi à force d’attendre un signe, À force d’voir qu’pour certains noms les portes restent en ligne, Les médias aiment les clichés, ça simplifie l’malheur, Une capuche et tout d’suite ils t’écrivent un profil de voleur, On n’a pas grandi dans l’luxe, on a grandi dans l’alerte, Avec l’envie d’quitter la zone sans oublier ceux qui y restent. Refrain On vient d’en bas, là où la nuit connaît nos blazes, Là où l’État passe souvent quand faut compter les dégâts, On garde la tête haute même avec l’monde sur le dos, On fait du vrai dans un pays qui maquille trop ses mots, On vient d’en bas, entre la colère et l’espoir, Le cœur cabossé, mais la dignité dans l’regard. Outro La France dort encore, bercée par ses propres fables, Pendant qu’en bas on recolle les morceaux sur des tables instables, Mais tant qu’il reste une voix pour nommer ce qu’ils effacent, Le silence perd du terrain, et la vérité laisse une trace.

