
Il était presque minuit, Les derniers trains partaient sans bruit. J'avais ton nom au fond des yeux, Et cette envie de faire semblant d'aller mieux. Le quai brillait sous la pluie, Quelques passants rentraient chez eux. Je regardais les portes se fermer, Comme si j'avais peur de te voir disparaître. Un homme fumait près de moi, Une vieille dame serrait son sac. Personne ne parlait vraiment, Chacun portait son propre silence. J'aurais pu prendre le dernier train, Rentrer chez moi comme avant. Mais quelque chose me retenait, Comme une voix que je n'entendais plus. Sous la lumière du quai, Je t'ai laissée partir. Je voulais te retenir, Mais je n'ai rien trouvé à dire. Sous la lumière du quai, J'ai compris cette nuit Qu'on peut aimer quelqu'un très fort Et quand même lui dire adieu. Je me suis souvenu de ton rire, De tes cheveux mouillés sous la pluie. De nos dimanches sans programme, Et de ton café oublié sur la table. Tu disais : « On verra demain », Comme si demain nous appartenait. Je croyais connaître le chemin, Je ne savais pas qu'il finirait ici. Le dernier métro est arrivé, Ses fenêtres traversées de visages. J'ai vu des couples fatigués, Des enfants dormant contre leurs parents. Les portes se sont ouvertes devant moi. J'aurais pu monter sans réfléchir. Mais j'ai regardé la voie, Et j'ai compris que je devais partir. Sous la lumière du quai, Je t'ai laissée partir. Je voulais te retenir, Mais je n'ai rien trouvé à dire. Sous la lumière du quai, J'ai compris cette nuit Qu'on peut aimer quelqu'un très fort Et quand même lui dire adieu. Alors j'ai marché dans Paris, Sans savoir vraiment où aller. Les cafés fermaient leurs rideaux, Les rues commençaient à respirer. Et pour la première fois depuis longtemps, Je n'ai pas regardé derrière moi. J'ai laissé ton souvenir doucement Prendre sa place au fond de moi. Peut-être qu'on ne perd jamais vraiment Les gens qu'on a aimés. Ils changent seulement de lumière... Et continuent autrement. Sous la lumière du quai, Je t'ai laissée partir. Je voulais te retenir, Mais je n'ai rien trouvé à dire. Sous la lumière du quai, J'ai compris cette nuit Que parfois aimer quelqu'un, C'est aussi savoir le laisser vivre. Le dernier train est parti. Paris s'est rendormi. Et moi, sous la lumière du quai, J'ai enfin commencé à rentrer.

