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Les larmes du colibri (short version)

Quand je nous regarde, quand je nous vois, Je pleure des larmes qu’on ne voit pas. Des sanglots sourds, sans bruit, sans voix… Je pense à ce demain pour toi et moi. À cette course des puissants, Ce syndrome du toujours plus. Croître. Dominer. Survivre. Ne pas se faire bouffer par plus dur. On est faits de sélection brute, D’un ADN têtu : survivre, coûte que coûte, Même si ça rime avec écraser. L’humanité se tire dans le pied. Elle n’a pas le goût de la cohérence. Chaque individu, chaque foyer, Chaque nation, chaque entreprise, Prédatrice à sa manière. L’Histoire l’a déjà crié cent fois : Guerres de cultes, de classes, De pouvoirs et de frontières absurdes, Trahisons, conquêtes… La ronde des fous ne s’arrête pas. Et maintenant, c’est l’apothéose. Un monde ivre de technologie, Suspendu à ses propres machines, Plus vives que nos cœurs, Plus froides que notre esprit. Une société lisse, mondialisée, Dirigée par des puissances folles, Des États complices, Et des firmes sans boussole. Le capitalisme entonne sa danse, Dans une valse macabre et rance. Mais cette folie n’est pas née hier. Elle vit dans nos récits, Dans nos temples hiérarchiques, Dans l’idée que penser, C’est dominer. L’humain ne s’est pas perdu — Il s'est séparé du monde, Et appelé cela... "progrès". Et tout ça fonce vers le mur. Un mur de mille briques : La techno qui efface l'humain Le flou entre absurde et vrai. Les guerres d’aujourd’hui, Celles qui s’annoncent demain, Les puissants méprisent les peuples Et sèment le fascisme sur les ruines D’un rêve de partage… Et sous nos cendres sages... L’environnement en lambeaux, Le vivant qui tombe. Forêts éventrées. Océans plastifiés. Espèces effacées. Frères muets trahis sans un regard. Quand j’imagine les chemins à venir, Je ne vois que des sentiers fous. Tordus. Injustes. Suicidaires. Je pourrais les nommer, les détailler… Mais à quoi bon ? Tu sais déjà. Tu vois bien ce que je veux dire. Je regarde l’humanité avec tristesse. J’ai envie d’hurler. D’une rage sourde. D’un cri brut. Mais je ne crie pas. À quoi bon ? Une voix de plus dans le vacarme ? Un colibri de plus dans l’incendie ? Y a pas le feu à la forêt — C’est nous, le feu. Et moi, flamme camouflée, Je voudrais être autre chose. Alors j’essaie. J’écris. Je te parle. Juste pour frôler l’idée. Un instant. Un instant seulement… J’ai pitié de nous. De notre lucidité sans courage. De cette puissance qu’on retourne Contre nos propres visages. Mais surtout… J’ai pitié pour nos enfants. Eux n’ont rien demandé. Ils n’ont planté aucune des graines Du mal qu’on leur laisse en héritage. Je n’ai pas de solution. Pas de plan. Pas de réponse. Je suis juste une flamme, Déguisée en colibri. Mais j’ai ce doute… Ce doute qui brûle doucement : Et si l’issue comptait moins Que la trace qu’on laisse ? Et si, même sur des sols calcinés, Restait une graine ? Une graine de conscience. Ou peut-être pas. Peut-être que tout est vain. Alors ces mots retourneront au vide. À l’abîme qui nous attend. Et nous délivrera — De notre folie. ... Et de nous-mêmes. Tu sais… Quand je regarde trop longtemps l’abîme, J’ai l’impression de tomber. Comme si le noir me noyait, Comme si le vide m’appelait. Mais quand je lève les yeux, Je revois l’éclat des jours. Je sens ta main, je sais que t’es là, Et je me rappelle l’amour. Le monde, la nature, le chant, Le rire d’un enfant… Toutes ces choses qui restent debout Même quand tout fout le camp. C’est pour maintenant que je me bats, Pour ce qui vibre là, tout bas. Pas pour demain, ni pour les rêves — Mais pour l’instant qu’on a. Juste… Cet instant. Celui qui glisse entre les doigts. On pleure hier, on craint demain, Mais le présent, on l’voit pas. Et moi j’l’aime, ce bout de temps. J’veux l’offrir à mes enfants. Je crois… Qu’il faut… lâcher prise. Faire la paix avec nos cicatrices. On est trop grands, trop abîmés Pour ce monde devenu étroit. Pas assez sages, pas assez droits, Mais assez fous pour l'embellir. Et surtout… Surtout… Accepter que parfois, c’est vain. Mais que si l’on tend la main — Même tremblants, même incertains… Alors tant qu’on se bat, Même pour presque rien, Tant que le colibri Volera vers son voisin… Il restera de nous Une trace qu’on ne voit pas. Une lueur, une goutte douce, Un refuge pour toi et moi. Pour Toi et moi. Pour Toi et moi. Pour Toi et moi. Pour Toi et moi. Pour Toi et moi. Pour Toi et moi. Pour Toi et moi.