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Ma langue maternelle

V6

[Intro – guitare électrique seule, riff groove au son clair, puis le piano] [Couplet 1 – voix grave (lui), slam] Je n'ai jamais appris ta grammaire ni tes accents, personne ne m'a donné la clé de ton alphabet. Et pourtant dès le premier soir, dès le premier instant, je comprenais tes phrases avant que tu les aies. Tu parlais d'un voyage, d'un film, du temps qu'il fait — et j'entendais une maison dont je connaissais chaque marche, un air qu'on m'aurait chanté bien avant que je sache parler, une rive où l'on accoste sans rame, sans voile, sans arche. [Refrain – deux voix] Tu es ma langue maternelle, celle qu'on n'apprend pas, celle qu'on parle sans effort dès qu'on rentre chez soi. J'ai envie de ton corps, c'est vrai — mais l'envie va plus loin que ça : jusqu'à cet endroit de moi qui ne s'allume qu'avec toi. [Couplet 2 – voix féminine (elle), le groove entre, balais] Je ne veux pas de clé sur toi, pas de chaîne, pas de serrure, pas de nom gravé dessus comme on marque un objet. Je veux juste, au bout des jours, au bout des routes dures, pouvoir poser ma tête là où ma peur se tait. Quand on se parle tous les deux, on laisse les phrases en suspens, un demi-mot suffit, une épaule, un sourcil levé. Les autres ont besoin d'interprètes, de notes, de temps — nous deux, on se comprend dans le noir, sans rien traduire, sans rien prouver. [Refrain – deux voix] Tu es ma langue maternelle, celle qu'on n'apprend pas, celle qu'on parle sans effort dès qu'on rentre chez soi. J'ai envie de ton corps, c'est vrai — mais l'envie va plus loin que ça : jusqu'à cet endroit de moi qui ne s'allume qu'avec toi. [Pont – parlé, à deux, guitare électrique seule] (lui) À l'étranger, quand on entend sa langue dans la foule, (elle) on se retourne sans le vouloir. (lui) Toi, je t'ai entendue (elle) au milieu de tout le bruit du monde — (ensemble) et tout en moi s'est retourné. [Break instrumental – solo de guitare électrique groove sur le piano] [Couplet 3 – les deux voix en alternance] (lui) Il y a des semaines entières où des villes nous séparent, (elle) des fuseaux, des trains manqués, des écrans qui coupent la voix. (lui) Mais il suffit d'un message, trois mots tapés tard, (elle) pour que j'entende l'accent de chez nous au bout de mes doigts. (lui) On n'oublie pas sa langue, même après des années d'exil, (elle) elle dort au fond de la gorge et revient au premier mot. (ensemble) Entre nous c'est pareil : le temps peut tirer sur le fil — il suffit d'un « c'est moi » pour que tout revienne aussitôt. [Refrain final – deux voix, plus doux] Tu es ma langue maternelle, celle qu'on n'apprend pas, celle qu'on garde au fond de soi même à des mers de là. Le corps a faim, il étincelle — mais toi, tu ne passes pas : tu es ce que je parlerai jusqu'à mon dernier pas. [Outro – guitare électrique seule, voix parlées] (elle) Dis quelque chose. (lui) N'importe quoi ? (elle) Oui. Dans notre langue.