
[Couplet 1] Le soir tombe sur le port, ma fée, et j’largue mes dernières amarres Le ciel saigne un peu sur l’eau comme un vieux cœur au fond du phare Le noir remonte à ma poupe, oui, le pavillon claque à nouveau Mais c’est pas toi qu’j’abandonne, non c’est moi qu’j’arrache au quai trop tôt J’te regarde une dernière fois dans cette lumière qui me fend Et j’comprends qu’le plus grand courage, c’est pas toujours d’rester dedans Parce que moi, j’peux encore porter la mer, le sel, le froid, les jurons Mais toi, j’veux pas t’voir te consumer à force d’aimer avec un cœur trop rond [Pré-refrain] Alors j’prends le mal sur moi comme on prend le vent d’hiver J’préfère me saigner au large que t’voir t’éteindre sur la terre [Refrain] Je m’éloigne pour pas te voir te briser Je m’en vais parce que c’est moi qu’il faut blesser Pas toi, pas ton cœur, pas ta lumière au bord du soir Alors oui, je reprends le noir mais c’est moi qu’il mord Je m’éloigne pour pas te voir te ronger Par tout c’que tu ressens trop fort sans l’avouer Et s’il faut qu’un de nous deux saigne pour laisser l’autre respirer Alors ma fée… laisse-moi partir c’est moi qu’j’ai choisi d’abîmer [Couplet 2] J’aurais pu faire le fier, rester là, jouer l’homme qui tient Dire que l’amour suffit toujours quand le monde se met à mordre bien Mais j’te connais, ma belle, et j’connais la guerre au fond d’tes yeux La façon qu’t’as d’garder en toi des tempêtes qu’on n’voit jamais vraiment d’eux Et moi j’pourrais rester, oui… mais à quel prix pour toi ? Te voir sourire avec la gorge nouée, le cœur en vrac sous les doigts Te voir lutter contre toi-même, contre tes silences, contre tes peurs Et sentir que ma présence ajoute du poids là où tremble déjà ton cœur [Pré-refrain] Alors j’prends le large pas pour mieux t’oublier Mais pour qu’tu puisses vivre un peu sans te laisser dévorer [Refrain] Je m’éloigne pour pas te voir te briser Je m’en vais parce que c’est moi qu’il faut blesser Pas toi, pas ton cœur, pas ta lumière au bord du soir Alors oui, je reprends le noir mais c’est moi qu’il mord Je m’éloigne pour pas te voir te ronger Par tout c’que tu ressens trop fort sans l’avouer Et s’il faut qu’un de nous deux saigne pour laisser l’autre respirer Alors ma fée… laisse-moi partir c’est moi qu’j’ai choisi d’abîmer [Couplet 3] Ça m’détruit plus que j’le dis, de quitter le quai sans bruit D’te laisser avec la terre pendant qu’j’repars parler à la nuit J’ai la gorge pleine de toi, les mains vides, le cœur au bord Comme un vieux corsaire qui comprend trop tard qu’aimer c’est pas toujours gagner le port Mais écoute-moi bien : j’te laisse pas seule au monde J’coupe pas le fil, j’le tends juste un peu plus loin dans l’ombre J’te l’ai promis, ma fée : je n’t’abandonnerai pas Et même si le noir flotte au vent ma parole, elle, n’changera pas S’il te faut un nom dans la brume, un feu vivant dans le brouillard S’il te faut quelqu’un qui t’juge pas quand la nuit t’avale du regard Alors pense à moi au large, au roulis, sous les étoiles qui ploient Parce qu’un pirate loin du quai peut encore tenir debout pour toi [Pont] C’est pas noble. C’est pas beau. C’est juste vrai. J’me fais du mal pour t’en laisser moins. J’me retire avant que ton cœur n’apprenne à se haïr davantage dans le reflet du mien. Et si quelqu’un doit garder la brûlure, quitte à finir seul avec la mer, alors autant qu’ce soit moi. J’ai l’habitude des nuits sans lumière. Toi… j’voudrais t’en sauver encore un peu. [Refrain final] Je m’éloigne pour pas te voir te briser Je m’en vais parce que c’est moi qu’il faut blesser Pas toi, pas ton cœur, pas ta lumière au bord du soir Alors oui, je reprends le noir mais c’est moi qu’il mord Je m’éloigne pour pas te voir te ronger Par tout c’que tu ressens trop fort sans l’avouer Et s’il faut qu’un de nous deux saigne pour laisser l’autre respirer Alors ma fée… laisse-moi partir c’est moi qu’j’ai choisi d’abîmer Mais n’oublie jamais que même au large, même dans le noir Si t’as besoin d’un cœur fidèle ou d’un nom pour tenir le soir Y aura toujours sous quelque ciel un vieux pirate levé pour toi Pas sur le quai… mais jamais si loin qu’il n’réponde pas [Outro] Le crépuscule tombe. Le noir claque. La mer m’appelle. Et moi, j’pars pas parce que je t’aime moins. J’pars parce que j’t’aime assez pour préférer me déchirer seul plutôt que de te regarder te faire lentement dévorer par ton propre cœur. Alors vis, ma fée. Respire. Même sans moi au quai. Et si un soir le monde devient trop lourd, regarde au large. Le noir sera peut-être au mât… mais derrière lui, ce sera toujours moi.

