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Naître qu'une femme

Naître qu’une femme. comme on arrive au monde déjà traduite par les autres. Avant même la voix, avant même le nom, une place préparée dans leurs phrases Je me réveille avant le jour Café froid, les infos tournent Je choisis mes vêtements Comme on enfile une armure Pas trop court, pas trop visible Juste pour éviter les blessures N’être qu’une femme. Je prends le métro, debout serrée. On m’effleure. Je fais semblant De croire que ce n’est rien. Que c’est normal. Constant. N’être qu’une femme. Dans l’ascenseur les regards évaluent avant d’écouter. La réunion commence et ma voix doit traverser. Naître qu’une femme. Et connaître par cœur la fatigue de sourire poliment. Le compliment glissé comme une main sur l’épaule : « tu es douce », jamais : dangereuse, brillante, nécessaire. N'être qu’une femme. Dans la famille porter les dates, les anniversaires, les corps fatigués des autres. Et continuer quand même. Le soir je rentre un peu trop tard Clés serrées dans ma paume Comme une petite arme héritée. Je surveille chaque trottoir Comme si la ville avait un nom Toujours ce mot : qu’une. Comme une réduction. Une marge dans le vivant. Naître qu’une femme. Et sentir sous la peau tout ce qui déborde leurs cadres. Quelque chose de vaste qui refuse doucement de rentrer dans leurs cases. J’aurais voulu être une femme courir la nuit Sans calculer chaque trajet Mettre du rouge sur mes envies Sans craindre d’être jugée J’aurais voulu être une femme, juste exister. Sans traduction. Sans défense. Sans devoir expliquer le moindre silence. Naître qu’une femme, Alors un jour Naître femme, Sans le qu’une.