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La mère et la nuit

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Dans le drap tiède et noir la mère ouvre son flanc, Le silence a frissonné. Un cri bref, goutte d’or, tombe au fond de mon sang, Et la chambre a saigné. Ô nuit, berce-les, chats nouveaux. Son ventre est un autel, luisant de volupté, Où l’instinct se fait prière ; Le lait, pâle poison, coule en blanche bonté, Sur leurs bouches de pierre. Ô nuit, berce-les, chats nouveaux. Elle lèche, avec amour, la tristesse du monde, Et mes remords se taisent ; Sous ses yeux de métal, ma pensée se confond, Les anges sont mal à l’aise. Ô nuit, berce-les, chats nouveaux. Mais l’aube au seuil déjà dresse ses froides armes, Et mon cœur se souvient ; Pourtant, dans ce berceau de chaleur et de larmes, La vie mord—et revient. Ô nuit, berce-les, chats nouveaux.