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cargo

V6

[Intro] [Distant foghorn, deep engine rumble, felt piano, rondalla strings tremolo] [Verse 1] Il s'appelle Rodel, il vient de Batangas, il a trente-huit ans et deux filles qu'il connaît surtout par écran, par morceaux, quand le réseau veut bien. Neuf mois de contrat, parfois plus, entre Shanghai et Rotterdam, il a vu tous les ports du monde et n'en a visité aucun. Le bateau ne s'arrête jamais longtemps, quelques heures, le temps de charger, des grues géantes jouent aux cubes pendant qu'il dort debout sur le pont. [Pre-Chorus] [Soft hip-hop groove enters, engine pulse as kick] Et la mer, la mer, encore la mer, comme un désert qui bouge. [Chorus] [Kulintang gongs, low cellos swell] Vingt mille boîtes et un seul homme qui voit la terre tous les trois mois, tout ce qui dort dans ta maison a traversé la mer sans toi. Ton café, ton lit, ton téléphone ont dormi dans le noir des cales, et lui veillait tout là-haut, à dix mille kilomètres des siens. [Verse 2] Le soir, quand la connexion revient, sa femme lui montre le jardin, la petite qui a perdu une dent, la grande qui ne veut plus lui parler. Il sourit sur l'écran qui gèle, il dit que tout va bien, que la mer est calme, il envoie l'argent le premier du mois, son amour tient dans un virement. Un jour, le monde s'est arrêté, les ports ont fermé leurs portes, et des centaines de milliers d'hommes sont restés en mer sans pouvoir rentrer. Des mois de plus, sans terre, sans date, personne n'en a parlé au journal, mais les rayons étaient remplis, alors tout allait bien. [Female vocal, kundiman-style melody] Mahal kita, reviens-moi, la mer est grande, la maison petite, mahal kita, reviens-moi, ta place à table attend toujours. [Chorus] Vingt mille boîtes et un seul homme qui voit la terre tous les trois mois, tout ce qui dort dans ta maison a traversé la mer sans toi. Ton café, ton lit, ton téléphone ont dormi dans le noir des cales, et lui veillait tout là-haut, à dix mille kilomètres des siens. [Bridge] [Kulintang building, male sailors' choir answers, heavier engine groove] Shanghai… (on charge) Singapour… (on charge) Suez… (on passe) Rotterdam… (on décharge) Et Rodel ? (il reste à bord) Et Rodel ? (il reste à bord) [Instrumental Break] [Bandurria solo over engine groove, kulintang, felt piano, ocean waves] [Verse 3] [Groove drops back, intimate] Ce soir, j'ouvre un colis sur ma table, un truc commandé sans y penser, arrivé en trois jours à peine, comme si le monde était tout près. Et je pense à cet homme sur la mer qui a veillé sur ma lampe de chevet, sur mes baskets, sur ma cafetière, sans savoir que j'existais. [Final Chorus] [Full arrangement, female voice doubling, then softening] Vingt mille boîtes et un seul homme qui voit la terre tous les trois mois, tout ce qui dort dans ta maison a traversé la mer sans toi. Alors ce soir je dis son nom, Rodel, Rodel, par-dessus l'eau, pour qu'un seul colis sur la terre sache qui l'a porté si loin. [Outro] [Foghorn, engine fading away, felt piano, decrescendo] [Female vocal] Mahal kita… [Male voice] Rodel… la mer… [Fade out]