
Dépression Noires Lame
[Couplet 1] Ce soir je tenais le port, le vent chargé de fumée, Mon quatre-ponts face au noir, prêt à mordre la marée, Les vieux démons de ma fée remontaient du large encore, La Dépression, la Lame, les Noires qui rôdent au bord. Je croyais tenir seul la passe, les sabords ouverts au feu, Le cœur tourné vers la ville, vers ses cartes et ses yeux, Quand dans la brume est monté l’ombre d’un géant de guerre, Un trois-ponts plein de tonnerre, dressé dans l’écume claire. [Pré-refrain] J’ai cru d’abord voir venir un autre juge, un autre sort, Mais le vent m’a dit tout l’inverse quand son grand mât a pris le bord : Il hissait dans la nuit le même pavillon que moi, Comme si la mer elle-même avait juré : “Pas elle. Pas ce soir.” [Refrain] Le même pavillon, mes frères, sur son trois-ponts et sur mon fort ! Allié d’un soir, allié toujours, et deux murailles devant le port ! Le même pavillon, mes frères, et la même rage dans le sang ! Deux capitaines, cinq cents marins, deux cents canons contre le néant ! Le même pavillon, mes frères, pour défendre une seule lumière ! Ma fée, ma sirène, notre étoile au milieu de la guerre ! Le même pavillon, mes frères, qu’ils viennent donc, les chiens du sort ! À deux vaisseaux, corps et âme, nous fermerons la mer à la mort ! [Couplet 2] Alors le trois-ponts a viré lentement pour fermer la ligne, Pas pour me prendre en enfilade, non — pour bloquer l’ombre qui s’obstine, Son capitaine a tenu son cap comme on tient parole en mer, Et j’ai compris dans ce silence qu’il était là comme un frère. Cinq cents voix sur deux bâtiments, cinq cents hommes prêts à tenir, Des mains noircies, des épaules dures, des gueules faites pour revenir, Deux cents canons gueule ouverte, alignés contre le noir, Comme si chaque pièce jurait de garder son nom dans l’histoire. [Pré-refrain] Je ne tenais plus seul, et ça changeait jusqu’au vent, Car même les ombres hésitent quand deux géants leur montrent les dents. La mer pouvait gronder, le ciel pouvait cracher du fiel, Nous étions deux à faire rempart pour garder la route jusqu’à elle. [Refrain] Le même pavillon, mes frères, sur son trois-ponts et sur mon fort ! Allié d’un soir, allié toujours, et deux murailles devant le port ! Le même pavillon, mes frères, et la même rage dans le sang ! Deux capitaines, cinq cents marins, deux cents canons contre le néant ! Le même pavillon, mes frères, pour défendre une seule lumière ! Ma fée, ma sirène, notre étoile au milieu de la guerre ! Le même pavillon, mes frères, qu’ils viennent donc, les chiens du sort ! À deux vaisseaux, corps et âme, nous fermerons la mer à la mort ! [Couplet 3] La Dépression venait pesante comme un ciel qui veut s’abattre, La Lame rasait l’eau noire en cherchant où venir nous battre, Les Idées Noires suivaient derrière, sans visage et sans drapeau, Avec leur façon de mentir jusqu’à faire douter le plus beau. Alors nos deux coques ont parlé dans un seul grondement de fer, Bordée sur bordée, pleine gueule, pour déchirer la nuit d’hiver, Le trois-ponts frappait à ma droite, mon quatre-ponts répondait plus fort, Et les vieux monstres du large ont vu qu’on leur fermait le port. [Pont] Qu’ils viennent. À deux, nous tiendrons. Qu’ils mordent. À deux, nous ferons front. Car il y a dans ce port plus qu’un mouillage, plus qu’un rivage : Il y a une fée des océans, une fille de sucre et d’étoiles, une âme qu’aucune ombre n’a le droit de reprendre. Et s’il faut pour elle du bois, du feu, du sang, des hommes, alors qu’il en soit ainsi. Car ce soir, deux capitaines jurent ensemble de l’aider corps et âme. [Refrain final] Le même pavillon, mes frères, sur son trois-ponts et sur mon fort ! Allié d’un soir, allié toujours, et deux murailles devant le port ! Le même pavillon, mes frères, et la même rage dans le sang ! Deux capitaines, cinq cents marins, deux cents canons contre le néant ! Le même pavillon, mes frères, pour défendre une seule lumière ! Ma fée, ma sirène, notre étoile au milieu de la guerre ! Le même pavillon, mes frères, qu’ils viennent donc, les chiens du sort ! À deux vaisseaux, corps et âme, nous fermerons la mer à la mort ! [Outro] Et si quelqu’un demande un jour comment une fée fut défendue, qu’on réponde ceci : Par deux capitaines. Cinq cents marins. Deux cents canons. Et un seul pavillon dressé contre la nuit.

