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Quand la nuit tombe sur Alger

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V6

Quand la nuit tombe sur Alger Quand la nuit tombe sur Alger, Et que le soleil descend doucement, Les murs rendent enfin leur chaleur, La cité respire avec le vent. Les fenêtres restent grandes ouvertes, Les voix voyagent d’un balcon à l’autre, L’odeur du café sort des maisons, Et quelqu’un appelle encore un voisin. Les enfants jouent devant les portes, Ils ne veulent jamais rentrer, Les anciens installent leurs chaises, La soirée peut enfin commencer. Quelqu’un demande : « Alors, ça va ? » On répond toujours : « Hamdoulillah », Un autre descend chercher du café, Et nous, on attend toute la bande. Quand la nuit tombe sur Alger, J’entends encore toutes ces voix, Les rires de ceux que j’ai connus, Et cette jeunesse qui court devant moi. Quand la nuit tombe sur Alger, La mer garde encore nos secrets, Les années peuvent bien s’en aller, Il y a des choses qu’on n’oublie jamais. On sortait sans savoir où aller, Quelqu’un disait : « On descend ? » Il n’en fallait jamais davantage, Quelques minutes et nous étions dehors. Les voitures, les klaxons, la musique, Les rues encore pleines de monde, On parlait fort, on riait pour rien, Et la nuit nous appartenait. Parfois un regard suffisait Pour changer le goût d’une soirée, Un sourire aperçu de loin Et le cœur commençait à s’affoler. On n’avait pas besoin de photographier Chaque seconde de notre existence, Nos yeux faisaient les photographies, Et le cœur gardait les souvenirs. Quand la nuit tombe sur Alger, Je revois les amis d’autrefois, On croyait avoir tout le temps, On ne savait pas qu’il courait déjà. Quand la nuit tombe sur Alger, Je retrouve un morceau de mes vingt ans, Une voix, un rire, quelques visages, Et me voilà revenu en arrière. Il y avait celui qui parlait trop, Celui qui riait avant la fin, Celui qui arrivait toujours en retard Avec une excuse que personne ne croyait. On le regardait, on se moquait, Et cinq minutes après c’était oublié, Ce qui comptait vraiment pour nous, C’était que personne ne reste de côté. Un verre de thé sur la table, Un café noir pour celui qui préférait, On commençait à parler de football, Et on finissait par refaire le monde. On se disputait pour presque rien, La politique, le match ou le quartier, Puis quelqu’un disait : « Ça suffit maintenant, Servez le café et laissez tomber ! » Et tout repartait dans un éclat de rire. C’était ça, notre cité. On pouvait se fâcher le matin Et frapper à ta porte le soir. Parce que lorsqu’un voisin avait besoin, On ne demandait pas pourquoi. Les années sont passées depuis, Et la vie nous a tous dispersés, Certains sont partis très loin, D’autres, je ne les reverrai jamais. Il suffit parfois d’un prénom Pour que je m’arrête quelques secondes, Un visage revient devant mes yeux, Et je murmure une pensée pour lui. La cité elle aussi a changé, Les commerces et les visages ne sont plus les mêmes, De nouveaux enfants jouent maintenant Là où nous faisions autrefois les mêmes bêtises. Mais la mémoire connaît des raccourcis. Un mandole commence quelque part, Le banjo lui répond doucement, La darbouka retrouve son rythme… Et soudain je suis revenu. Je retrouve la rue. Je retrouve les copains. Je retrouve nos soirées. Je retrouve ma jeunesse. Quand la nuit tombe sur Alger, Les années ne comptent plus vraiment, Je ferme les yeux quelques secondes Et j’entends encore rire mes vingt ans. Quand la nuit tombe sur Alger, Je ne demande pas au passé de revenir, Je veux seulement garder en moi Ce qu’il m’a appris à aimer. Aujourd’hui j’ai compris quelque chose. Le bonheur n’était pas dans nos poches. Il était dans une chaise devant la maison, Dans un ami qui disait : « Viens t’asseoir. » Dans un café partagé à plusieurs, Dans une porte qui restait ouverte, Dans une soirée qu’on ne voulait pas terminer, Dans quelqu’un qui demandait simplement : « Tu vas bien ? » On n’avait peut-être pas grand-chose. Mais on s’avait les uns les autres. Et quand aujourd’hui j’entends le mandole jouer, je ne retrouve pas seulement Alger. Je retrouve ceux que j’aimais. Je retrouve celui que j’étais. Je retrouve un morceau de ma vie. Et je comprends enfin que certaines nuits ne finissent jamais vraiment. Elles continuent de vivre en nous. ❤️🇩🇿