[@Ombaliz - Michel Laks - Tous Droits Réservés] ©Ombaliz - 2026 [Chanson co-écrite avec un(e) de mes patient(e)s pour une addiction à l'alcool] [Avec son aimable autorisation, pour servir à s'interroger, ce que cache, soutient un vide plus profond] [A song co-written with one of my patients about alcohol addiction] [With their kind permission, to encourage reflection on what lies hidden and what underpins a deeper emptiness] -------------------------------------------------------------------------------------------- Dix ans d’errance à boire dans le noir, Dix ans à faire danser les verres, Dix ans à perdre un peu d’espoir, À prendre des déboires pour un désert Dix ans à trinquer avec mes absences, À faire de mes silences un compagnon, À confondre l’ivresse et l’existence, À me raconter que j’étais pas pochetron. Dix ans de promesses au fond du placard, De « c’est le dernier » et de regards hagards, Dix ans à mentir, surtout à moi-même, À dire « je contrôle » avec un sourire blême. J’étais **assoiffé**, pas seulement de vin, J’avais soif d’oublier ce qui faisait mal. Je cherchais dans l'alcool un peu de lendemain, Je trouvais du brouillard dans chaque idéal. Puis un matin, sans gloire, sans victoire, Il n’y avait plus rien au fond du verre, Sinon mon visage et la lumière. Le verre était vide. Et moi aussi. J’ai pas gagné, j’ai tenu, J’ai pas vaincu, j’ai survécu, J’ai pas détruit tous mes démons, J’ai juste cessé de trinquer avec eux. Et si le vide vient me chercher, S’il connaît encore mon quartier, S’il pose un verre au bord de ma mémoire, Je lui répondrai : **pas ce soir.** Pas ce soir. Pas ce soir. Pas ce soir. Pas ce soir. J’ai découvert le goût des choses simples, Le café brûlant, le pain du matin, Les bonheurs minuscules, presque invisibles Qui font moins de bruit qu’un verre baratin Le rire d’un enfant dans le jardin à côté, Un chien qui me regarde et sait que je suis là, Le soleil sur la table, un journal froissé, Et cette étrange idée : **je me souviens d'hier, ce matin** J’avais passé tant d’années À vouloir quitter ma vie, À chercher l’espoir dans la carafe Quand la vie était juste ici. J’ai compris que le paradis artificiel N’était qu’un enfer avec de jolies couleurs, Qu’on pouvait être son propre menteur, Son propre geôlier, son propre éboueur J’ai pas gagné, j’ai tenu, J’ai pas vaincu, j’ai survécu, J’ai pas détruit tous mes démons, J’ai juste cessé de trinquer avec eux. Et si le vide vient me chercher, S’il connaît encore mon quartier, S’il pose un verre au bord de ma mémoire, Je lui répondrai : **pas ce soir.** Pas ce soir. Pas ce soir. Il y a des nuits où la solitude Connaît par cœur les chemins du désespoir. Elle remet mes vieilles habitudes Et me murmure : « Un seul, juste un pour ce soir. » Je connais le début, je connais la fin, Le premier shot appelle le suivant. On boit pour oublier ce qu’on craint de demain, Et demain revient toujours, récidivant Je ne suis pas guéri, je suis vigilant, Je ne suis pas neuf, je suis différent. Je porte mes cicatrices comme on porte son nom, Elles ne me font plus honte, elles me demandent de l'attention. On ne devient pas abstinent pour toujours, On devient un buveur qui renonce pour un jour. Ce soir. Rien que ce soir. Je sais qu’un soir , il m’appellera. Pas avec fracas. Pas avec colère. Il dira doucement : « Tu te souviens de moi ? » Bien sûr que je me souviens. Du goût. Du bruit. Du brouillard. De l’oubli. Mais surtout de celui que j’étais Quand je ne me souvenais plus. Alors s’il revient s’asseoir à ma table, Je ne jouerai ni au héros ni au martyr. Je le laisserai parler. Et moi, je ne boirai pas. J’ai pas gagné, je tiens, J’ai pas vaincu, je reviens, J’ai pas effacé mes naufrages, J’ai seulement changé d’équipage. J’ai pas gagné, j’existe, Avec mes fantômes défaitistes J’ai pas promis des lendemains sans noir, J’ai simplement choisi **ce soir.** Et si demain vient me tenter, S’il connaît encore mon passé, S’il pose un verre au bord de ma mémoire, Je lui répondrai : **Pas ce soir.** Pas ce soir. Pas ce soir. **Pas ce soir.** Pas ce soir. Pas ce soir. **Pas ce soir.** Pas ce soir. Pas ce soir.