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Dali chanté: 01 -Les heures molles du silence

Là où le temps se plie, je marche dans un murmure, et chaque pas répète l’écho d’un instant qui se dissout. Là où le temps se déplie, je glisse dans une lumière lente, une lumière qui s’allonge comme un souvenir qui refuse de mourir. Et je chante, je chante la langueur du monde, la langueur qui s’étire et s’attarde, la langueur qui enlace la matière comme une caresse trop lourde. Je vois des heures molles tomber sur le sable, tomber encore, tomber toujours, et dans leur chute, je reconnais le poids tendre de mes propres illusions. Je vois des minutes couler comme du miel brûlant, je vois des secondes frémir comme des ailes de papillons fatiguées, et je les laisse venir, revenir, revenir encore. Je dis : souviens-toi. Souviens-toi des jours où le temps avait des angles, des angles nets, des angles durs, des angles qui coupaient la peau de la mémoire. Souviens-toi, oui, souviens-toi, avant que le monde ne se mette à fondre comme une pensée qu’on abandonne au soleil. Et pourtant, pourtant je sens que tout cela n’est qu’un prélude, un prélude de silence, un prélude de sable, un prélude de ciel immobile. Le paysage respire dans un souffle d’ambre et d’eau plate, et ce souffle chante, chante bas, chante long, chante loin. La mer est un miroir figé, un miroir qui renvoie les rêves sans les comprendre, un miroir sans mémoire, un miroir sans avenir. Et les falaises dorées chuchotent : rien ne dure, rien ne dure, rien ne dure… Alors je répète, répète à mon tour : rien ne dure, et pourtant tout persiste dans la courbe souple d’une montre assoupie. Rien ne dure, et pourtant tout insiste dans le frémissement d’un métal qui devient peau. Rien ne dure, et pourtant tout résiste dans la paume tremblante du présent. Je dis : écoute. Écoute le souffle des objets, écoute la lente agonie des formes, écoute la plainte douce des choses qui n’ont plus la force d’être rigides. Écoute la branche morte qui porte le poids du temps comme on porte un secret trop tendre. Écoute la forme au sol, cette créature de rêve, ce visage sans visage où se repose une montre fatiguée. Tout semble dire : je cède… mais je chante encore. Et dans cette cession, dans cette fonte, dans cet effilochage des contours, je trouve un étrange courage. Le courage de me dire que la fragilité est une force, que la mollesse est une vérité, que la fluidité est un refuge. Le monde devient liquide, liquide comme une pensée qui hésite, liquide comme une mémoire qui fuit, liquide comme un désir trop pur pour être dit. Alors je chante la lenteur, je chante la chaleur, je chante la lourdeur douce du temps qui se dénoue. Je chante ce qui tombe, ce qui ploie, ce qui se couche sur la terre comme un drap de lumière. Je chante les visions qui reviennent, reviennent, reviennent par vagues d’analepse, comme si le passé insistait pour respirer encore dans le présent. Je dis : regarde. Regarde ce qui s’effondre sans mourir, regarde ce qui s’amollit sans disparaître. Regarde le temps qui tremble, le temps qui sourit, le temps qui soupire. Regarde-le, oui, regarde-le : il n’a plus de forme, mais il a une voix. Et cette voix dit : laisse-moi fondre, laisse-moi tomber, laisse-moi reposer sur le bord du monde. Et moi, je réponds : fond alors, tombe alors, repose-toi, souffle encore. Car tant que tu glisses, tant que tu hésites, tant que tu ne sais plus comment durer, tu me rappelles que je suis vivant. Vivante est la lenteur, vivante est la douceur, vivante est la dissolution qui révèle l’essentiel. Et lorsque le temps se couche ainsi, lorsque la réalité s’étire comme une marée lente, je comprends enfin ce que signifie ex Alors oui, je chante, je chante encore, je chante toujours, là où le temps se plie et se déplie… là où tout fond… là où tout flotte… là où l’éternité respire dans une montre qui dort.