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Anitya

Une chanson douce sur ce qui passe, ce qui tombe, ce qui nous échappe, et cette étrange beauté des choses qu’on ne peut pas garder. **Repères de lecture** Anitya : impermanence, ce qui ne dure pas. Sarve samskara anitya : toutes les choses composées sont impermanentes. Gate : allé. Gate gate: aller va Paragate : allé au-delà ; passer sur l’autre rive. Parasamgate : complètement allé à l’autre rive, allé totalement au-delà. (principe de la transcendance ). Une feuille tombe sans drame, un nuage change de nom. Le soir défait dans sa flamme les contours de la maison. Rien ne demande à rester, pas même la lumière. Le monde apprend à passer dans les mains de la poussière. J’ai vu l’eau quitter la pierre sans colère et sans regret. J’ai vu le vent dans les herbes effacer ce qu’il écrivait. Les fleurs ne gardent pas trace du soleil qui les a prises. Elles donnent tout leur espace à la prochaine brise. Même les corps que l’on serre sont des rivières sous la peau. On croit tenir la matière, on ne tient qu’un peu d’eau. Anitya, anitya, sarve samskara anitya. Anitya, anitya, le souffle vient, le souffle va. Gate gate, paragate, le monde glisse entre mes doigts. Gate gate, parasamgate, ce qui s’en va n’est pas à moi. Rien ne reste, tout respire, tout se défait sans nous trahir. Ce qui meurt apprend à devenir un autre visage du désir. J’ai voulu garder les choses, leur donner des murs, des noms. Mais le cœur est une rose qui se fane en disant non. Les étoiles aussi s’épuisent, les montagnes changent de peau. Les empires que l’on divise finissent en grains sur le dos. Alors pourquoi tant de chaînes, tant de peur autour du temps ? Même l’amour devient plus vaste quand il ne serre plus les dents. Anitya, anitya, sarve samskara anitya. Anitya, anitya, le souffle vient, le souffle va. Gate gate, paragate, le monde glisse entre mes doigts. Gate gate, parasamgate, ce qui s’en va n’est pas à moi. Rien ne reste, tout respire, tout se défait sans nous trahir. Ce qui meurt apprend à devenir un autre visage du désir. Je ne veux plus posséder la forme exacte des étés. Je veux apprendre à regarder sans enfermer la beauté. Si tout passe, alors tout brille d’un feu plus tendre et plus fragile. La fin n’est pas l’ennemie, elle est la main qui déshabille. Gate gate, paragate, je laisse partir ce que je crois. Gate gate, parasamgate, le vide n’est pas loin de moi. Rien ne reste, tout respire, tout se défait pour refleurir. Ce qui tombe apprend à devenir un autre passage du sourire. Anitya, anitya, le souffle vient, le souffle va. Anitya, anitya, rien ne reste, tout est là.