
[Intro — parlé] J’me rappelle du plastique gris entre mes mains, Un écran sans couleur où on voyait pas bien. Pokémon Jaune comme cassette, huit ans, assis par terre, J’avais pas encore vu l’monde… pis j’en avais rien à faire. [Couplet 1] Pis y’avait Pikachu, qui voulait pas s’faire enfermer, Dans l’temps j’comprenais pas… aujourd’hui j’peux pas l’blâmer. À c’t’âge-là, t’as besoin d’presque rien pour être riche, Dé batteries dans l’Game Boy pis tout un monde qui s’affiche. On quittait Pallet Town sans savoir où aller, Stais en anglais, pis on s’avais pas l’parlé. Chaque patch d’herbe pouvait cacher un ami, Aujourd’hui quand l’inconnu rôde, on barre nos portes la nuit. Dans l’temps, les monstres avaient des types pis des faiblesses, Aujourd’hui y portent des cravates, des diagnostics, des promesses. Le réveil sonne tôt, le travail te ronge, Pis on apprend à dire « ça va » comme une attaque Mensonge. Les factures évoluent plus vite qu’un Pokémon nourri au Rare Candy, Pendant qu’le salaire monte moins vite que l’prix d’une épicerie. On court après l’argent comme après un Pokémon rare, Pis y’avait pas l’gouvernement qui venait en prendre sa part. [Refrain] Ramène-moi à Pallet Town, juste une dernière fois, Là où Pikachu marchait toujours à côté d’moi. Là où perdre un combat t’amenait pas six pieds sous terre, Où tout l’univers tenait dans quelques pouces de verre. Ramène-moi à Pallet Town, là où on avait pas peur, Quand les monstres avaient des noms, des types pis des couleurs. [Couplet 2] Dans Pokémon, t’avais six amis toujours prêts à suivre, Dans vraie vie, y’en a qui s’éloignent juste en essayant d’survivre. Y’en a qui fondent une famille, y’en a qui perdent leur maison, Y’en a qui s’parlent pu pour une vieille mauvaise raison. Parce qu’aujourd’hui quand quelqu’un dit qu’y mène son plus gros combat, C’est pu comme dans l’temps quand on partait en tournoi. Avant, on s’battait pour revenir avec une médaille, Aujourd’hui, y’en a qui ont l’cancer pis qui perdent la bataille. Y’en a qui voient leur père oublier tranquillement leur prénom, D’autres qui regardent leur mère vieillir seule dans son salon. Y’en a qui font des doubles shifts juste pour nourrir leurs enfants, Pis qui disent qu’ils sont pas fatigués pour pas inquiéter les plus grands. Y’en a qui reçoivent un appel : « On a trouvé quelque chose. » Pis leurs cœurs s’emportent, leur pression explose. Chimio le mardi, mercredi l’épicerie, Parce que même quand tu combats pour ta vie, les factures prennent pas congé maladie. Pis y’en a qui disent rien. Qui cachent tout jusqu’au bout. Un matin t’apprends qu’un bon chum avait une corde au cou. Quel signe t’as pas vu, quelle attaque t’as manquée? Parce qu’au-dessus de sa tête, y’avait pas d’barre d’HP. C’est là qu’tu comprends que les règles ont changé pour vrai : Un Pokémon tombait K.O., mais tu savais qu’y reviendrait. Aujourd’hui perdre un combat peut vouloir dire perdre quelqu’un… Pis aucun Centre Pokémon peut te l’remettre din mains. [Refrain] Ramène-moi à Pallet Town, juste une dernière fois, Là où Pikachu marchait toujours à côté d’moi. Là où perdre un combat t’amenait pas six pieds sous terre, Où tout l’univers tenait dans quelques pouces de verre. Ramène-moi à Pallet Town, là où on avait pas peur, Quand les monstres avaient des noms, des types pis des couleurs. [Couplet 3] À huit ans, fallait huit badges pour prouver qu’t’étais prêt, Aujourd’hui, même ton diplôme était pas c’qu’il te fallait. Pas d’foule hurlante après un Champion détrôné, Juste un autre lundi matin, pis t’as pas fini d’recommencer. On nous disait : « Travaille fort, pis tu vas avancer », Mais y’en a qui travaillent toute leur vie sans jamais respirer. On échange notre temps contre un chiffre sur un écran, Pis rendu à retraite, on réalise c’qui valait plus cher que l’argent. On voulait tous évoluer, devenir notre forme finale, Comme si grandir nous rendait automatiquement moins bancal. Mais l’évolution fait pas juste faire passer au prochain ère, Ça donne des chaises vides autour d’la table pis des rides à ta mère. Y’a pas d’Pokédex pour expliquer une dépression, Pas d’Potion pour un divorce, pas d’TM pour l’pardon. Pas d’sauvegarde avant les choix qu’on regrette encore, Pis pas d’Revive quand la vie décide que quelqu’un part. Mais malgré toute la marde, on continue d’avancer, Comme le p’tit gars sur la Route 1 qui savait pas où aller. P’t’être qu’on a jamais eu besoin d’savoir où finit l’chemin… Juste d’avoir une raison d’faire encore un pas demain. [Dernier refrain — délivrance] Ramène-moi à Pallet Town…

