
Je l’ai vu naître au fond d’un linge tiède et sombre, Petit astre vivant tombé du flanc de la nuit ; Son cri, frêle poison, me traversa l’ennui Comme un fil de clairon dans la caverne d’ombre. Son corps était un songe encore humide et nu, Un frisson de velours cherchant l’âme du monde ; La vie, avec lenteur, en sa poitrine ronde Battait comme un remords à peine reconnu. Je penchai mon regard, miroir de mes misères, Sur ce museau scellé d’un silence ancien ; J’y lus l’orgueil obscur, le fatal lien Qui noue l’instinct, le rêve et la chair passagère. Ô nouveau-né félon, doux prince du secret, Tu portes dans tes yeux, fermés comme des tombes, La promesse d’un ciel que la boue encombre Et l’éclair d’un péché jamais tout à fait. Ainsi naît la beauté : tremblante, dérisoire, Dans la paille, le sang, la sueur et le froid ; Et moi, vieux spectateur du splendeur et de l’effroi, Je bénis ton soupir comme une noire gloire.

