
[Mood: Dark, Spiritual] [Energy: Low, Slow Build] [Vocal: Weathered Baritone] [Intro | sparse guitar] Je suis revenu m’asseoir près de l’eau, là où ta voix m’a laissé sans mots. Montréal brillait au bout du soir, et moi, je refusais de savoir. [Verse 1 | laid-back] J’avais vu les signes annoncer le malheur, mis du silence autour de mes peurs. Je gardais le doute pour garder le lien, je perdais la vérité pour ne perdre rien. Là, devant moi, les pieds dans le courant, tu m’as livré la vérité presque fièrement. « J’y trouve le vertige et l’or, j’irai jusqu’au bout. Il te faudra faire le deuil de l’amour entre nous. » Mais tu voulais l’ami, voulais le garder, comme si l’amant pouvait s’effacer. Comme si le feu pouvait mourir sans bruit, et laisser la maison debout dans la nuit. [Pre-Chorus | organ pad] Le fleuve a poursuivi son chemin, sans juger ton choix, sans défendre le mien. J’ai senti quelque chose partir, et ma lumière ne plus tenir. [Chorus | hypnotic] Emporte, courant... ce qu’il reste de nous. Emporte, courant... les gestes les plus doux. Sur Saint-Laurent, l’intime change de mains. Dans le Saint-Laurent, j’abandonne demain. Je t’offrais ce qui n’a pas de prix, mes failles, mes années, le meilleur de ma vie. Emporte, courant... ce qu’il reste de nous. [Verse 2 | tremolo guitar] Je t’ai aimée comme on veille un feu, comme une lampe entre terre et cieux. Je croyais dans ta nuit trouver un lieu où la chair et l’âme pouvaient parler à deux. J’y devinais, au bord du matin, un souffle sans visage cherchant son chemin. Une syllabe au fond de nos voix, un presque-jour qui ne parlait qu’à moi. Je ne venais pas les mains pleines d’or, je venais les mains nues avec tout mon trésor. Je t’offrais ma lumière, mes saisons, mes jours, tout ce qui reste vrai quand on donne par amour. [Verse 3 | dark bass] Puis j’apprends qu’un client, au couchant de sa vie, peut acheter l’accès à ce que je croyais béni. Moi, j’y venais sans prix, simplement pour aimer, lui a payé son passage et reviendra payer. Je n’ai pas perdu contre un autre amour, ni contre un cœur venu troubler nos jours. J’ai perdu contre l’or, sa loi, son vieux pouvoir, contre l’ombre qui paie puis retourne dans le noir. Ça me brise plus loin que la jalousie, ça descend dans mon âme et déchire ma vie. Comment garder foi dans le meilleur de soi quand l’argent pèse plus lourd que l’amour qu’on déploie ? [Chorus | fuller groove] Emporte, courant... ce qu’il reste de nous. Sur Saint-Laurent, nos destins changent de mains. Dans le Saint-Laurent, j’abandonne demain. Je t’offrais ce qui n’a pas de prix, ma lumière, mes années, le meilleur de ma vie. [Bridge | stripped] On vit dans un siècle qui sait tout compter, qui dore ses chaînes pour mieux les accepter. Le vieux pouvoir sourit, n’a même plus à parler, il laisse le marché faire et nomme ça liberté. On vend l’abîme avec de beaux discours, on met des néons autour des détours. Moi, je croyais encore, comme un enfant que la lumière valait mieux que l’argent. [Breakdown | near-silent] J’ai perdu. Je ne t’ai pas sauvée. [Long Pause] Mais tu ne demandais ni miracle ni secours, j’étais seul à prier sur les ruines de l’amour. Le temple n’existait qu’au fond de mes yeux, et toi, tu n’y voyais qu’un vertige à deux. Ce soir, plus que nous deux, une étoile est morte, et la nuit a pris le ciel en franchissant ta porte. [Verse 4 | cello] Tu voulais que l’amant fasse enfin son deuil, sans que l’ami s’éloigne du seuil. Comme si le sanctuaire pouvait brûler, et laisser le parvis préservé. Je ne peux rester te voir continuer: puis sourire près de toi comme si rien n’avait changé. Je ne pars pas pour punir, je pars respirer, parfois se sauver, c’est savoir s’éloigner. Malgré ma colère et malgré tout ce noir, je te souhaite une rive au bout de chaque soir. Je crains qu’un jour, sous ta fière armure, tu découvres le prix caché dans la blessure. [Final Chorus] Emporte, courant... ce qu’il reste de nous. Emporte, courant... nos souvenirs les plus doux. Emporte ce souffle au bord du matin, ce presque-visage cherchant son chemin. Emporte les syllabes restées dans la nuit, les aubes sans parole qu’un rêve avait enfouies. Sur Saint-Laurent, le sacré change de mains. Dans le Saint-Laurent, j’abandonne demain. Je t’offrais ce qui n’a pas de prix, ma lumière entière, le meilleur de ma vie. Emporte, courant... ce qu’il reste de nous. [Outro | guitar, organ] Je t’ai dit adieu sans te vouloir du mal, puis j’ai laissé le fleuve emporter le final. Ici, j’ai tout donné sans jamais rien compter, dans un siècle où même la chair finissait par s’acheter. Je croyais que l’amour aurait le dernier mot, mais l’or a fait sa loi jusque sous ta peau. [Outro | near-silent] Et si la rive un soir ne retrouve plus mes pas, ne demandez pas au fleuve ce qu’il sait de moi. J’aurai peut-être changé de rive dans la nuit, peut-être que la nuit aura changé ce que je suis. Saint-Laurent gardera mon silence et mon feu, ce nom que j’abandonne à la mémoire des cieux. Et le courant passera... comme si nous n’avions jamais été deux. [End | unresolved guitar decay]

