[Intro, spoken, dry] Au troisième, côté cour. La sonnette marche encore. [Verse 1] Le camion mange un lit, puis la table et ses brûlures, Deux déménageurs débattent de l'angle d'une moulure. Sur le mur, un rectangle a gardé l'ancien blanc, Vingt ans derrière un cadre, à l'abri du présent. Le voisin du dessous tient sa porte avec sa botte, Il prétend que c'est la poussière quand sa voix se dérobe. Dans la cage, nos départs font un vacarme de clés, On se dit « à bientôt » sans savoir dans quel quartier. J'ai retrouvé sous l'évier trois billes et une dent, Un ticket pour une séance qui commence il y a vingt ans. Le promoteur dit « du cachet » en montrant les fissures, Ma mère y mesurait ma taille, ça change un peu l'allure. [Hook, spoken rap, restrained] Laisse la clé sur le rebord, La porte gonfle quand il pleut. Même si plus personne n'y dort, Monte doucement au deuxième. [Verse 2] Le café d'en face est devenu « concept et saveurs », Le patron sert le même jus, deux euros pour la couleur. Il me glisse un croissant, dit « celui-là, c'est pour la route », Puis s'essuie les deux mains comme s'il effaçait un doute. Dans l'immeuble vidé, chaque bruit fait trois fois le tour, J'entends presque la radio qui insultait les infos. L'ascenseur ne prend plus que les gens et leurs silences, Il s'arrête entre deux étages, fidèle à ses habitudes. J'avais juré de partir, j'ai répété ça des années, Maintenant le camion tourne, je lui trouve un pneu dégonflé. Le chauffeur dit « on y va ? », je vérifie la serrure, Une fois pour la porte, une autre pour être sûr. [Hook] Laisse la clé sur le rebord, La porte gonfle quand il pleut. Même si plus personne n'y dort, Monte doucement au deuxième. [Bass break, eight bars] [Outro, nearly spoken] J'ai laissé les trois billes. La dent, je l'ai gardée.


