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Le truc qui bouge 2.

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V5.5

Ce texte est né d’une collaboration entre Khurdak et florgonne6666 Khurdak, a rajouté des paroles et ses écrits qui ont donné cette couleur dont lui seul à le secret, qu'on a amalgamé avec le style tout aussi spécial mais bien plus noir de Florgonne6666 autour de l’univers des ZIIIG. L’univers, son lore principal, ses secrets et sa continuité centrale appartiennent à Florgonne6666. La version de référence, ou version « lore », sera celle publiée sur le compte de Florgonne6666 La version présentée sur le compte de Khurdak est une variation multivers : une autre face du même lieu, un écho parallèle, une manière de faire parler autrement la poussière, les Nihilés et le trou sous Méga Tump3. [intro] fin de l'entracte, messieurs dames, là, concentrez vous, il se passe quelque chose vous ne le sentez pas ? Moi déjà ça me hérisse la colonne.... [couplet: voix de basse] Le trou respire. Il souffle par les galeries, aspire par les puits, tousse par les conduits d’évacuation. À chaque cycle, il avale des mineurs, des contremaîtres, des robots boiteux, des mendiants à antennes, des prêtres de maintenance, des filles sans âge, des vendeurs d’yeux d’occasion, des prophètes à masque fendu et des cuviers rejeton ratés. (RRRRRRRRRrrrrrrrrrrr r r r r r r) Aujourd'hui, il respire Non, il exhale, comme il ne devrait pas, quelque chose a changé imperceptiblement dans les atomes de l'air vicié, une chose qu'il n'a jamais réussi à pulser jusqu'à la surface, comment pourrait-il en être autrement puisque, même en pensée on ne sait pas, ni le goût , ni l'odeur, ni même l'idée d'en avoir l'idée . Un soupçon de liberté ? [silence] Au plafond, les ventilateurs tournent lentement, comme des astres malades. Ils brassent la poussière de titanium, les poils, les squames, les vapeurs de moteurs, les prières mécaniques, les jurons en langue morte et les petits morceaux de rêves que les ouvriers perdent quand ils clignent des yeux... Ici, tout colle. Les combinaisons à la peau. Les masques aux visages. Les dettes aux conscrits. Les souvenirs à la poussière. Et la poussière, elle, ne tombe jamais vraiment. Elle attend. Elle se pose sur les tables, sur les paupières, dans les filtres, dans les plaies, dans les plis des mains. Elle entre partout où le corps a oublié de se défendre. [pause : le narrateur prend une voix plus froide] Les anciens disent que le titanium garde la lumière. Les très anciens disent qu’il garde aussi ce que la lumière refuse de regarder. [changement brutal d'ambiance] Dans la Cantine des Masques, on ne mange pas, On mâche: des blocs mous servis dans des bols graisseux, des purées minérales enrichies aux souvenirs gélatineux synthétiques, des protéines de fond de cuve qui tremblent encore quand la cuillère les touche On boit un jus de rouille dans des gobelets qui ont déjà connu trop de bouches, trop de mouches, pour croire encore à l’hygiène . Ce soir-là, dans la cantine, entre deux alarmes de surpression et le gargouillis d’un distributeur de soupe organique, une foreuse de classe "Mère-Sangsue" s’est arrêtée net. [voix multiples comme une lubie de l'entropie] « Pas explosée. Pas cassée. Pas sabotée. Arrêtée. » [pont instrumental : petite boite à musique] Une comptine inconnue murmurée dans l'haleine du trou: « doodooo, l'enfant doo.... » un souffle dans un premier temps, puis de plus en plus fort « dooooodoooooo, l'enfant doooooooo...., l'enfant dormira bien-too » quelqu'un a l'audace de tousser L'ambiance change... (Comme si quelque chose, quelque part, venait d'ordonner à la bouche de se taire. Le silence a traversé la salle avec ses petites pattes froides. Tous les masques se sont tournés vers le fond. Là-bas, près d’un vieux conduit d’aération couvert de moisissures lumineuses, une silhouette maigre était assise sur une caisse de cartilage industriel.) [pause : le narrateur prend une voix plus froide] "Elle tricote. Personne ne sait depuis combien de temps elle est là. Personne ne se souvient de l’avoir vue entrer. Pourtant, entre ses doigts trop fins, quelque chose bouge et prend vie dans la poussière, comme un fil qui aurait appris à respirer." Au début, personne ne dit rien, parce que dans le trou, quand quelque chose bouge sans bruit, on commence toujours par faire semblant de n’avoir rien vu. C’est une vieille règle de survie, un coda de modus vivendi. Un mineur au masque fendu se contente de serrer son bol contre lui, comme si sa soupe pouvait le protéger de quoi que ce soit. Une serveuse à trois paupières essuie la même table avec un chiffon qui refuse d'obtempérer. Dans le fond, les conduits gargouillent, gonflent, se contractent, recrachent une vapeur grasse qui sent la bile métallique et les souvenirs mal digérés. [pont musique d'horreur] La silhouette, elle, continue de tricoter. Avec cette patience obscène des choses qui savent qu’elles n’ont pas besoin pour exister d’être comprises. [La petite musique résonne des cliquetis d'une minuscule boite à musique.] « dodo, l'enfant do.... » un murmure doux, « dodo, l'enfant do, l'enfant dormira bien vite" "dodo, l'enfant de trop, te sera arraché bientôt » [bruits de succion] Une jeune fille vomit sa bouillie, une larve se jette sur la flaque comme une aubaine. La musique s’arrête, d'ailleurs tout semble paralysé. [outro] Il n'y a qu'une chose dont personne ne veut parler, une chose traumatisante pour tous, c'est ce qu'on fait aux nouveaux nés et à celles qui les portent, jamais on n'a revu une future mère, jamais on n'a su ce qui était arrivé à ceux qu'elles portaient, ni ce qu'ils ont bien pu en faire. Ça il vaut mieux le taire.