Je viens d'apprendre une bien triste nouvelle : le décès de Pierrette Benoît, la mère de Marie, Martin et Lucie. Pierrette, c’était d'abord une épouse tendre et attentionnée pour son Jean-Claude. C’était toute la tendresse du monde, le calme et la paix intérieure, une gentillesse infinie et une grande générosité. Je pourrais vous parler des nombreux sujets abordés avec Jean-Claude, mais laissez-moi plutôt vous parler de tout ce que cette femme m’a apporté dans la vie. Pierrette, c’était un savoir encyclopédique et minutieux sur l’artisanat féminin. En tant que libraire dans une OBNL, il m’arrive encore de recommander à une artisane l’ouvrage que Pierrette m’avait conseillé : l’Encyclopédie des ouvrages de dames, livre centenaire indispensable à toutes les passionnées de travaux d’aiguilles dans le monde entier. Écrit par Thérèse de Dillmont, brodeuse exceptionnelle, c’est une édition qui décompose chaque point et chaque technique avec une précision admirable. Broderies, tapisseries, tricots, crochets, macramés, frivolités, filets, dentelles, jours : tout cela, Pierrette le connaissait par cœur — avec son cœur. C’est à cause d’elle que j’ai acheté une nappe de dentelle de Bruges à mon épouse lorsque nous avons visité cette ville en Belgique, au moment où je travaillais à Bruxelles. C’est aussi pendant mon séjour de trois années que Jean-Claude est décédé. Vous auriez dû voir la collection de dentelles de Pierrette, sa collection de bibelots sculptés japonais, et sa merveilleuse collection de petites crèches de Noël sculptées en bois par des artisans polonais, qui me font encore aujourd’hui rêver. C’est aussi à cause de Pierrette que je me suis inscrit, en tant qu’homme, cette année, à un cours de crochet, afin d’honorer et de comprendre la patience et la minutie des travaux de ces dames. Je voulais également suivre le même chemin que mon grand-père, qui fabriquait et vendait des broderies au temps de la crise économique, lorsqu’il s’était cassé une jambe. Pierrette, c’était toute la poésie de la Ballade des dames du temps jadis de François Villon. Tout le raffinement que l’on peut espérer d’une personne en matière d’art, de musique et de connaissance du cheminement de l’humanité à travers les mains des dames. C’est grâce à Pierrette qu’adolescent j’ai écrit un poème sur une brodeuse. Nous, les hommes, parlons souvent de ce que nos amis masculins nous ont appris, mais Pierrette, elle, était une personne si authentique et si vraie. Elle a élevé trois personnes authentiques, incontournables dans leurs domaines. Merci Madame Benoît, merci Pierrette Desjardins, d’avoir réussi à civiliser ma jeunesse par votre influence.