
[Couplet 1] J’ai calfâté en silence des bordages que j’avais pas fendus Resserré l’gréement, repris les drisses, refait tenir ce qui pendait trop bas, trop nu Comme à l’atelier quand j’relance un bloc qu’un autre a laissé mourir J’ai remis d’la tenue dans l’navire sans même penser à m’en ouvrir La misaine prenait encore bien, la grand-voile tenait l’vent du soir Les haubans chantaient juste assez pour faire croire à l’espoir Et moi, vieux loup d’mer, j’ai regardé l’horizon comme un imbécile heureux En m’disant qu’pour une fois peut-être, la mer serait moins dure avec nous deux [Pré-refrain] Mais faut qu’ce soit dit et dit sans détour : T’y es pour rien, ma fée dans l’état d’mon amour [Refrain] C’est moi qui ai cru au miracle Moi, l’pirate idiot, pas toi Moi qui ai cru qu’la tempête n’viendrait pas reprendre ses droits Toi t’as rien promis d’plus grand que c’que ton cœur savait donner C’est moi qui ai pris une éclaircie pour un été entier C’est moi qui ai cru qu’mon navire tiendrait droit dans l’gros temps Qu’un peu d’lumière dans tes yeux suffirait à calmer le vent Mais la mer reste la mer et moi j’reste c’que je suis Un type qui voit un fanal et croit déjà tenir la nuit [Couplet 2] Le port s’éloigne à tribord sous un ciel couleur d’étain Et j’te vois là-bas dans ma tête, plus douce que le matin Tout va mieux pour toi, et c’est bien… c’est même comme ça qu’ça doit vivre Ton marin d’eau douce tient la terre, moi j’ai l’écume qui m’ivre Et j’dis rien, comme toujours, j’serre juste la barre plus fort Comme ces types à la cale qui pompent avant qu’on parle de mort J’laisse croire qu’ça tient, qu’ça roule, qu’le cap n’a pas bougé d’un pouce Alors qu’dedans j’entends déjà craquer l’bordage sous la houle jalouse [Pré-refrain] C’est pas toi qui t’éloignes pas toi qui m’fais du mal C’est moi qui ai mis trop d’toile dans un vent déjà brutal [Refrain] C’est moi qui ai cru au miracle Moi, l’pirate idiot, pas toi Moi qui ai cru qu’la tempête n’viendrait pas reprendre ses droits Toi t’as rien promis d’plus grand que c’que ton cœur savait donner C’est moi qui ai pris une éclaircie pour un été entier C’est moi qui ai cru qu’mon navire tiendrait droit dans l’gros temps Qu’un peu d’lumière dans tes yeux suffirait à calmer le vent Mais la mer reste la mer et moi j’reste c’que je suis Un type qui voit un fanal et croit déjà tenir la nuit [Couplet 3] J’ai l’habitude pourtant des grains, des lames, des caps trompeurs Des ciels trop beaux qui cachent au large une sale colère au cœur J’aurais dû savoir qu’un vieux corsaire n’désarment pas pour si peu Qu’un homme cabossé par les ans rêve trop vite quand il voit du bleu Mais t’étais là, ma fée, avec tes cartes, ton sucre et tes étoiles Et moi j’ai pris ça pour un port, un vrai, pas pour une simple escale Pas parce que t’as menti, non. Parce que j’avais trop envie d’y croire Et qu’le plus grand défaut des marins, c’est d’appeler destin ce qui ressemble à l’espoir [Pont] Alors j’me l’écris moi-même sur la table à cartes, au couteau : “T’y es pour rien.” Pas dans la casse. Pas dans l’manque. Pas dans l’retour du noir au mât. Le fautif, c’est l’capitaine. Celui qui a vu deux mois de calme et s’est cru sauvé pour de bon. Celui qui a confondu une grâce avec une promesse. [Refrain final] Oui, c’est moi qui ai cru au miracle Moi, l’pirate idiot, pas toi Moi qui ai cru qu’la tempête respecterait mon vieux trois-mâts… mon vieux cœur de bois Toi t’as rien volé, rien brisé rien tordu sous mes sabords C’est moi qui ai cru qu’un peu d’aube annulait toutes mes nuits d’abord C’est moi qui ai cru qu’mon navire pour une fois tiendrait bon Qu’le vent passerait sans m’ouvrir la coque jusqu’au fond Mais la mer reste la mer et moi j’reste c’que je suis Un pirate qui a vu ton phare et s’est cru revenu à la vie [Outro] Alors j’reprends le large, ma fée, avec le sel, le roulis et ma faute. Pas la tienne. Jamais la tienne. Toi, t’étais pas la tempête. T’étais juste la lumière que j’ai prise, comme un con, pour un ciel enfin sans guerre. Et si mon navire craque encore, ce ne sera pas parce que tu l’as brisé. Ce sera seulement parce que j’ai cru au miracle plus fort que n’importe quel vieux pirate n’aurait dû oser.

