
J’ARRÊTE DE FAIRE SEMBLANT [INTRO — piano léger, contrebasse souple. Voix masculine baryton proche micro, parlée-chantée, conteur complice] J’en connais un, de beau parleur Un fameux mécano du verbe Il a toujours le mot qu’il faut Même quand il ne fait rien de ce qu’il promet [PETIT SOURIRE] Il vous explique comment vivre Avec des airs de grand expert Il conseille de prendre des risques Mais préfère les regarder faire [PETIT RIRE — piano bref] [COUPLET 1 — groove léger, diction théâtrale, ironie tendre] Il promet d’appeler demain Demain connaît bien le personnage Il promet de changer de vie Mais sa vie n’a jamais reçu le message Il dit qu’il faut tenir parole Qu’un homme vaut ce qu’il a dit Il vous regarde droit dans les yeux Puis oublie ce qu’il vous a promis [PETIT SILENCE] Il connaît les chemins du courage Les vertus de la vérité Il pourrait même écrire un livre S’il trouvait le temps de commencer [PETIT SOURIRE] [COUPLET 2 — piano plus mobile, contrebasse malicieuse, voix plus joueuse] Il dit qu’il faut vivre aujourd’hui Mais remet toujours ça demain Il dit qu’il faut suivre son cœur Après avoir demandé son chemin Il dit qu’il faut être soi-même Avec beaucoup de conviction Puis change de voix et de manière Selon la personne en face de lui [PETIT SILENCE] Je le regarde et je me demande Pourquoi tant parler de ses projets Quand les actes, eux, ne font pas de bruit Et savent très bien où ils en sont [PAUSE] [COUPLET 3 — musique plus dépouillée, ton lucide et chaleureux] Je ne prétends pas être parfait J’ai mes faiblesses, mes détours J’ai sûrement quelques boulons Qui demandent un peu de retour Parfois le pied un peu trop lourd Et le frein à retrouver Quelques virages mal négociés Et des excuses à déposer [PETIT SOURIRE] J’aurais peut-être, certains matins, À repasser mon code… [PETIT SILENCE] Mon code de bonne conduite. [PONT — piano seul, voix plus nue. Aucune tristesse appuyée] Mais je ne veux pas lui ressembler. Je ne veux pas promettre Ce que je ne ferai pas. Je ne veux pas maquiller la vérité Avec des mots bien repassés. Si je dis oui, Que mon oui tienne debout. Si je dis non, Qu’il soit au moins honnête. Et si je ne sais pas… Je dirai : Je ne sais pas. [LONG SILENCE] Enfin, moi… J’arrête de faire semblant. [MONTEE — contrebasse, balais, piano plus ample. Voix libérée] Je ne demande à personne De devenir meilleur que les autres. Je demande seulement Que les mots et les gestes Prennent enfin le même chemin. Quand tu diras « je viens »… Viens. Quand tu diras « je t’aime »… Aime. Et si tu n’as rien à dire… Ne dis rien. [PETIT SILENCE — sourire] Ça nous changera. [FINAL — l’orchestre retombe. Piano seul. Voix très proche] On aura toujours quelques boulons desserrés, Quelques virages à reprendre, Des freins un peu tardifs… [PETIT SOURIRE] Mais il n’est jamais trop tard Pour repasser son code. Celui de bonne conduite. [LONG SILENCE] Moi… J’arrête de faire semblant.

