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Jamais sans son souffleur

Au Parc Jean-Drapeau, en fin de journée Il y a un bruit qu’on reconnaît sans se retourner Isabelle arrive, pas besoin de deviner On sait très bien ce qui va se passer Au Jardin du Canada, concentration totale Isabelle flatte une fleur, moment presque astral Trois heures au même endroit, personne n’ose parler Micro-désherbage précis, quasi sacré Perfectionniste, intense, les nerfs à fleur de peau Avant le café, surtout, on ne lui parle pas trop Puis sans prévenir, changement de décor Elle attaque un gros chantier, déterminée encore Elle tient la tâche, longtemps, passionnée Douce avec les fleurs, rough en aménagement Quand elle décide que c’est le bon moment Tout le parc le sent venir lentement Jamais, jamais sans son souffleur C’est sa marque, son moteur, sa fureur Quand ça part, vroum vroum, en fin d’journée On sait tous qu’Isabelle va passer Jamais, jamais sans son souffleur Même le vent devient un spectateur Au Parc Jean-Drapeau, c’est notoire Quand ça souffle fort, c’est son territoire À La Corne, elle conçoit des plans ambitieux Même si les marmottes sabotent toujours les lieux Avec Carl, argumentaire légendaire Framboises rouges ou noires, affaire de caractère Avant son café, vaut mieux pas insister Même les feuilles hésitent avant de bouger Elle défend son point avec intensité Même quand personne n’a rien à gagner Germaine assumée, elle aime diriger Naïve parfois, mais toujours engagée Émotive, intense, vraie jusqu’au bout C’est comme ça qu’elle travaille, c’est comme ça qu’elle est surtout Jamais, jamais sans son souffleur Attention les oreilles, attention les cœurs Quand ça part, vroum vroum vroum, fin de quart Le parc se tasse, Isabelle repart Jamais, jamais sans son souffleur Moteur thermique par pure ferveur Faut que ça fasse du bruit, faut que ça déplace l’air Les feuilles s’envolent dans les parterres Quand la journée finit, elle ralentit un peu Dent sucrée pas tant assumée, sourire au coin des yeux Les fonds de limonade ramenés de la journée Un petit ajout discret, repos bien mérité Le calme dure juste le temps qu’il faut Le moteur repart, et elle revient au boulot Et quand tout devient trop calme soudain On sent déjà que ça revient, certain Jamais, jamais sans son souffleur Quand ça démarre, c’est sérieux, c’est majeur vroum vroum vroum, le Parc retient son souffle Isabelle travaille, et tout le reste s’essouffle Jamais, jamais sans son souffleur Mais derrière le bruit, derrière l’ardeur Y’a tout un feu qui brûle à l’intérieur Et bien plus que du gaz dans ce moteur Si ça souffle fort, si ça déborde parfois C’est pas juste du vent, c’est bien plus que ça Derrière le bruit, derrière la rigueur Isabelle, au fond... cache un immense cœur Au Parc Jean-Drapeau, on le sait par cœur :) Jamais, jamais… sans son souffleur