
Comme elle se presse, comme elle est belle ! Qui donc lui fait pousser des ailes ? Elle fend la foule, indifférente, À sa multitude grouillante. Ses pions, pour elle, un moment Ont délaissé le macadam, Cessé leur course infernale Dans cette douceur matinale. Elle est gracieuse, troublante, Si délicieus’ment insouciante, De la jalousie qu’elle fomente Chez toutes ces belles passantes. Le vêtement désordonné La chevelure abandonnée, Fllua déroule le grand jeu, Rougit ses joues, flamboie ses yeux. Le foulard comme étendard De cette légèr’té qui la pare, Elle survole tous ces gens Tant par le corps que par les sens. Quel âge a-t-elle pour de la sorte Voler d’un pas si désinvolte ? Son âge ? Lequel ? Puisque ce jour C’est celui qui court vers l’amour. La jeune fille jamais loin Quand l’aventure tend la main. On garde nos plus beaux atours Pour l’baroudeur qui vit en nous. Et bien que l’on s’en défende, Voyez la joie qui la transcende. Allégorie de la passion, Elle crée convoitise, suspicion. Et quand bien même elle aurait l’Âge, N’en aurait-elle plus de panache ? Renoncer, un luxe, un courage Dont le temps douc’ment nous détache. À vingt ans les portes virevoltent Dans un étourdissant porte à porte. Vient un âge où celles qu’on ignore Ne sont pas sûres de s’ouvrir encore.

