
Hé Jacques, Fais Pas ta Brêle, Ferme la ! (Jef répond)
[spoken] Hé, Jack… ferme-la. Arrête de gueuler « Jef » dans tout l’ troquet ! Arrête d’m’afficher, merde ! Laisse-moi tout seul, ouais. Mais pose ton cul, va, que ça tangue ensemble. J’vais parler d’amour, moi. Pas tes sucreries en vers, tes larmes de gosse à la communale. Allez, prends le verre. Bois. D'abord, c'est pas une fausse blonde, d'accord? Et puis elle n'a jamais voulu d'toi... Même quand t'avais des sous, elle voulait pas, Jack. Alors ferme-la, bon Dieu. Et arrête de gueuler « Jef » dans tout l’ troquet ! [couplet 1] Hé, Jack fais pas ta brêle, fermes-la ! Laisse-moi tout seul ! — et j’t’entends encore geindre : « Ne me quitte pas, ne me quitte pas », comme si la mer allait t’ouvrir les bras. Tu faisais des « perles de pluie venues de pays où il ne pleut pas », t’offrais des miracles comme on jette des confettis au vent, et tu revenais avec « les bonbons » fondus dans la poche, pauvre Pierrot du sentiment. Mais, bonjour, Mademoiselle Germaine J’vous ai apporté des bonbons Parce que les fleurs, c’est périssable Puis les bonbons, c’est tellement bon Bien qu’les fleurs soyent plus présentables Surtout quand elles sont en boutons Allez, j’vous ai apporté des bonbons — t’as cru qu’aimer c’était coller du caramel sur une plaie qui suppure ? Ta Madeleine, hein — « Ma Madeleine à moi, elle est partie ce soir » — elle a pas fui l’amour, Jack, elle a fui la poisse du désespoir poétique. Hé, Jack fais pas ta brêle, fermes-la ! Laisse-moi tout seul ! — ouais, mais vide pas ton verre, remplis-le. [refrain parlé] Hé, Jack fais pas ta brêle, fermes-la ! Laisse-moi tout seul ! …Viens quand même, assieds-toi. Mais Arrête de gueuler « Jef » dans tout l’ troquet ! [couplet 2] Mathilde, Mathilde… « Mathilde est revenue », tu hurlais comme un chien qu’on détache, et deux couplets plus tard, paf — « Mathilde s’en est allée », et toi tu te recousais le cœur avec du fil de cuisine. T’appelles ça aimer, Jack ? Moi j’appelle ça crever proprement. J’suis saoul, Jack — pas saoul de poésie, non — saoul comme « dans le port d’Amsterdam », à gueuler au vent rance, à pisser dans l’cœur de ces pt'ites dames,. Garde tes « Viens, on va rêver » ; moi je dors sur des pavés froids et j’me réveille avec l’haleine de la nuit. [refrain] Hé, Jack fais pas ta brêle, fermes-la ! Laisse-moi tout seul ! …allez, passe-moi la bouteille. p'tain, Arrête de gueuler « Jef » dans tout l’ troquet ! [couplet 3] Et puis tes sermons sur « Ces gens-là » — « Chez ces gens-là, on ne pense pas, on prie » — mais toi aussi tu priais, vieux clown ! Prier l’amour, ça le tue, nom de Dieu. Moi j’ai trois pièces, une guitare crevée, et ça fait plus de tripes qu’ton « Je suis un soir d’été » tout entier. Les moules d'la mère Françoise elles puent comme la pouf Sandrine qu’a ses anglais, et j’te jure, Jack, la « mer est calme ce soir » juste pour se foutre de ta gueule. [refrain] Hé, Jack fais pas ta brêle, fermes-la ! Laisse-moi tout seul ! …ouais, viens, viens, viens — mais tais-toi. T'arrête de gueuler « Jef » dans tout l’ troquet ! [couplet 4] « Grand Jacques » tu disais — « C'est trop facile quand un amour se meurt », t’es resté, oui — planté dans la pluie. Les « Vieux amants », leur petite flamme tiède, « Je t'aime encore tu sais Je t'aime», ça sent la soupe du dimanche, Jack. Moi je bois l’instant cul sec, et s’il brûle, c’est qu’il vit. Tu chiales « Laisse-moi devenir l’ombre de ton ombre » et moi je crache, je rote, je saigne l’amour, pas celui en velours rouge, non — celui qui pue la bière sur le trottoir, l’amour jeté avec les dents cassées. Tes perles de pluie ? J’ai des tessons de verre, ça coupe, ça prouve. C’est Céline qui crache dans la gorge de Bukowski, c’est Vian qui joue du trombone fêlé dans un bordel de mots qui puent la vie. [refrain] Hé, Jack fais pas ta brêle, fermes-la ! Laisse-moi tout seul ! …mais reste là, vieux lâche magnifique. P'tain, Arrête de gueuler « Jef » dans tout l’ troquet ! [final] Viens, Jack, viens — on va tomber ensemble, comme deux ivrognes de miséricorde. Je t’porte comme « Jacky » porté par ses rêves pourris, on parlera pas d’amour, jamais plus. On parlera de pluie, de vomi qui veut pas partir, de solitude qui tient chaud quand on est deux. Hé, Jack… ferme-la. Laisse-moi tout seul. …ouais. Rapproche-toi quand même. Allez. Pose ton cul là que je t'embrasse, Jacky Mon pote.

