NÉGATION Couplet 1 J’ai négocié avec le néant pour négocier mes limites, J’ai des idées qui s’entrechoquent, des syllabes qui s’agitent, Ma syntaxe se fracture puis se reforme dans la seconde, J’fais rentrer des contradictions dans chaque recoin du monde. Métrique millimétrique, phonétique chirurgicale, J’fais des rimes multisyllabiques en diagonale, J’imbrique les assonances sous les consonnes qui claquent, Puis j’retire une syllabe et toute la structure contre-attaque. J’fais des doubles sens, des doubles fonds, des doubles trajectoires, Une phrase peut dire l’inverse selon l’angle du regard, J’pose une idée comme une graine, j’la laisse germer dans le texte, Puis j’la transforme à la fin pour changer tout le contexte. Refrain Négation, j’dis non aux limites, J’fais des détours dans la forme pour rendre le fond plus explicite, Négation, chaque rime devient réaction, J’transforme mes contradictions en carburant d’écriture et d’action. Négation, j’refuse la ligne droite, J’préfère les chemins complexes quand la destination reste intacte, Négation, j’fais parler le silence, Plus j’enlève de mots, plus la phrase gagne en puissance. Couplet 2 J’ai des rimes internes qui s’imbriquent entre les respirations, Des échos qui réapparaissent plusieurs mesures après leur apparition, J’fais des rappels phonétiques, des symétries lexicales, J’construis des architectures où chaque détail devient capital. J’peux passer d’un débit mitraillette à une diction lente et froide, Faire glisser chaque voyelle comme une lame sur la glace, J’change les points d’appui, les accents, les placements, Puis j’reviens sur le premier temps avec un naturel déconcertant. J’fais des métaphores scientifiques, des images géométriques, Des concepts abstraits transformés en phénomènes physiques, J’fais coïncider la cadence avec ce que raconte la phrase, Le flow n’accompagne plus le texte : il devient lui-même le message. Couplet 3 J’cherche pas à multiplier les mots pour gonfler la démonstration, J’cherche la formulation exacte, celle qui survit à l’intonation, J’peux couper quatre lignes si leur présence dilue l’impact, La technique, c’est aussi savoir ce qu’on décide de ne pas mettre. J’écris avec des couches, mais chaque couche reste fonctionnelle, Une lecture donne l’histoire, une autre révèle la mécanique, Une troisième fait ressortir les détails cachés dans les mesures, Et la dernière te montre pourquoi j’avais choisi cette structure. Puis j’ferme le morceau sans fermer complètement la porte, La dernière rime revient au début et la boucle se transporte, Le texte finit, mais le sens continue son expansion : J’ai écrit une conclusion qui refuse de devenir conclusion. Outro Négation. Pas de limite. Pas de ligne droite. Juste des mots qui refusent de rester immobiles.