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La tour de Babel et la grande fusion

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V6

La terre a été lavée. La racine n’a pas été extirpée. L’eau est retombée. L’homme est ressorti de l’arche avec son tribunal intact. Alors la peur change de tactique. Puisque le jugement a frappé, L’humanité décide de se prémunir contre le ciel. Plus de dispersion. Plus d’inattendu. [Ralentir légèrement le débit, ton posé, mesuré] Regarde-les dans la plaine de Shinéar. Ce n’est plus une clameur. C’est un plan. « Allons ! bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche au ciel, et faisons-nous un nom. » La technique, la langue et le sacré entrent dans le même rouage. On code le rituel. On domestique le ciel pour qu’il ne parle plus sans y être invité. On donne pour obtenir. On obéit pour se sécuriser. Dieu n’est plus la source. Il devient l’instance qu’on administre — Le type de tous les cultes d’État qui stabilisent le firmament Pour n’avoir plus à le craindre. [Léger silence] C’est la fusion. L’ego n’a pas disparu. Il s’est dilaté. Le « je » jugeur s’est fait « nous ». On fabrique l’unité de peur d’être dispersés. On s’enferme dans un accord unanime. Une seule langue. Et cette langue est un pacte contre le Ciel. [Hausser subtilement la gravité] Alors l’intervention descend. Pas un second déluge. Une fracture. « Descendons, et confondons là leur langage, afin qu’ils n’entendent plus la langue les uns des autres. » La division n’est pas une punition mesquine. C’est une grâce féroce. Dieu brise l’idole de l’unité humaine Pour sauver l’homme de sa clôture. Un monde unifié sans appel Est un monde où rien ne peut plus entrer. Plus tard, des langues seront *données* — Non fusionnées. La présence ne rebâtira pas la tour. La fusion est brisée. Il ne reste que des syllabes Qui ne s’appartiennent plus.