
L’escalier avalait le géant Qui avait, de son corps vieilli Su charmer les lumières du studio Par ses poses raffinées et subtiles Il avait su aussi me séduire Et j'explorais alors ce mystère Visitant ces portraits au sépia A l’atmosphère tendue d’érotisme Son sourire en coin, mystérieux Et puis son parfum discret, ténu Flottaient dans la pièce comme un voile Rappelant ces heures étranges et complices Il avait sûrement été beau Et son corps très souvent désiré Était maintenant comme sculpté Des histoires dévoilées sur sa peau La lumière semblait lui obéir Et jouait souvent en contrastes Dessinant des fresques viriles Par les rides et les cicatrices qu’il avait su gagner Il avait nargué sans un seul mot Par sa maturité assurée Cette vanité des corps jeunes Qui ignorent les jeux plus sérieux des désirs intimes Puis par quelques vers libres choisis Il m’avait averti, comme on joue De ce drame de l’attachement Cet anathème des vieux amoureux Sous les cuirs de ses expériences Ce vieux sage libertin rêvait D’amour transcendant l’esthétique D’un érotisme qui réfléchit aussi l’esprit et la mémoire J'interrogeais mon corps vieillissant : Aurais-je comme lui cette force De nourrir une aura érotique De l’écume des charmes éphémères ? Mes rides déjà dans le miroir Sont-elles la fin de la séduction Ou un tout autre regard sur moi Qui m’ouvre peut-être à d’autres sensualités ? Et cet ultime de ses portraits Ce regard aussi qui me sonde Son sourire en coin, mystérieux Et qui semble questionner la justesse de mon art… De quoi parlent alors mes images ? De faims éphémères, d’illusions ? Ou d’une essence plus profonde D’un désir adulte qui saura transcender la beauté ?

