
Je regarde la mer, je me souviens... Dans les monts rougissants, aux manteaux dorés, Les robes écarlates vêtissaient les érables. Près des rizières de l’automne vénérable, La saison fredonnait le doux chant des criquets. Je regarde la mer, je me souviens... Sur les collines soufflait une brise légère. Le mont Bandaï, au loin, magnifique cratère, Tu courais, tu courais, me tenant par la main, Pour ne pas me perdre sur le si court chemin. Je regarde la mer, je me souviens... Le festival d’automne et tes yeux qui brillaient... Nous entendions, au loin, les cerfs qui bramaient. Nous savourions la patate douce chauffée, Sur la pierre, comme un riche trésor partagé. Je regarde la mer, je me souviens... Ensemble, dehors, nous contemplions la lune, Et tu mangeais, avec appétit, du motchi, Aussi rond que mes oreilles brunes, Tes rires d’enfant dans la fraîche et tendre nuit. Je regarde la mer, je me souviens... Les noix et les kakis de l’arrière-saison, Que tu croquais, croquais, avec gourmandise, En partageant avec moi, dans notre maison, Ces bons trésors d’automne... quelle douce bêtise ! Je regarde la mer, je me souviens... Puis le soir descendait sur le futon paisible. Je dormais dans tes bras, ton souffle indicible, Blotti contre ton cœur, sans crainte ni chagrin, Et je gardais ta paix jusqu’au lever du matin. Je regarde la mer, je me souviens... La belle époque où la ville était heureuse, Où les rues vivaient de mille âmes joyeuses. On riait pour un rien, on se jouait de tout... Sans se douter de rien, on était comme des fous. Je regarde la mer, je me souviens... Assis sur le banc où ton père m’a déposé, Auprès d’une gerbe de fleurs maintenant fanées, Mes yeux de verre, rivés vers l’horizon troublé, Fixent le vaste océan où tu dors à jamais.

