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𝗧 | 04 • Dernière Marche

Sous les trois flèches de lumière Qui déchirent le ciel ancien, J’avais vaincu les sanctuaires Forgés par d’invisibles mains. L’araignée gisait en cendres, Le gorille s’était tu enfin, Et le Dragon a vu descendre La nuit sur son dernier matin. Je croyais l’île conquise, Je croyais l’histoire achevée, Mais les obélisques, dans leur silence, Semblaient encore me parler. Alors la montagne s’ouvrit, Dans un grondement souterrain, Et le volcan me désigna Dans ses entrailles, un chemin. ⸻ Par le sang, la pierre et les crocs, Personne ne sera abandonné, Par le sang, la pierre et les crocs, Notre feu ne sera pas consumé Par le sang, la pierre et les crocs, Même la mort devra s’incliner, Car ceux qui tombent dans la bataille Marchent encore à nos côtés. ⸻ Vers le cœur du feu j’avançais, Escorté par les anciens rois, Mes compagnons aux crocs d’acier, Mes géants fidèles à ma voix. Les rivières de lave rugissaient Sous les voûtes de basalte noir, Comme si les entrailles du monde Voulaient dévorer notre histoire. Et devant tous marchait celui Dont le nom traversait les années, Mon Rex aux cicatrices infinies, Premier héros de mes épopées. Il a vu tomber l’Araignée, Partagé chacune de mes guerres, Portant sur son dos l’héritage De mon parcours et mes galères. ⸻ Puis la roche se mit à trembler, Une ombre sortie des profondeurs. Immense, enragée, affamée, Dont la seule vue semait la peur. Ses yeux brûlaient comme des forges, Ses crocs semblaient forgés par le temps, Et même la lave paraissait fuir L’apparition de ce fléau d’antan… Il rugit - Le volcan répondit. Et sans ordre — Sans peur. Mon vieux compagnon chargea. Comme au premier jour. Comme lors de son premier combat… Mais la corniche céda. Un craquement. Un silence. Je croisai son regard. Fatigué. Fier. Paisible. Alors, dans un ultime rugissement, Il planta ses crocs dans le géant. Et dans une immense gerbe de flammes, Leurs destins unirent leurs âmes. La lave referma alors ses bras Sur le prédateur et sur le roi. ⸻ Par le sang, la pierre et les crocs, Personne ne sera abandonné, Par le sang, la pierre et les crocs, Notre feu ne sera pas consumé Par le sang, la pierre et les crocs, Même la mort devra s’incliner, Car ceux qui tombent dans la bataille Marchent encore à nos côtés. ⸻ Le deuil me pèse, chaque pas gronde, Mais je poursuis ma descente, Jusqu’à découvrir derrière les ombres Une vérité bien plus oppressante… Des cartes - des relevés. Des archives oubliées. Chaque bataille - Chaque victoire. Tout avait été observé. Depuis le premier feu. Depuis le premier sang versé. Nous n’étions pas les maîtres de l’île. Nous étions l’épreuve surveillée… ⸻ Les alarmes s’allument. Les écrans rougissent. Les systèmes s’éveillent. Et les fantômes surgissent… Je reconnais leurs silhouettes, Rien ne pourrait les effacer Mais leurs corps sont faits de lumière, De codes et d’électricité. L’Araignée retisse ses pièges, Des réseaux d’éclairs sous mes pieds. Le Dragon recrache le soleil Dans des torrents de feu saccadé Le gorille fracasse les plateformes, Brisant les passerelles d’acier Alors je charge. Encore. Toujours. Crocs contre hologrammes. Chair contre algorithmes. Rage contre éternité. Ça frappe. Ça brûle. Ça hurle. Les spectres vacillent. Les systèmes s’effondrent. Les écrans explosent. Encore un. Encore dix. Encore cent. Puis le silence. Enfin … ⸻ Par le sang, la pierre et les crocs, Nous avons franchi les frontières, Par le sang, la pierre et les crocs, Épaulés par nos êtres chers.. Au-delà des champs de bataille, Au-delà des mondes écroulés, Ceux qui survivent dans nos mémoires Seront toujours à nos côtés. ⸻ Alors les murs devinrent étoiles. La pierre se changea en ciel. Mon armure tomba en poussière, Comme une vieille peau obsolète. Je m’élevai. Toujours plus haut… Au-dessus des forêts des montagnes et des océans. La plage de mon réveil Les vallées de mes premiers instants Les tombes de mes compagnons tombés. Gardiennes des chemins empruntés Et parmi elles, L’empreinte éternelle De celui qui m’a tant accompagné ⸻ Puis vint la lumière, Un éclat blanc. Effaçant le monde et le temps L’île disparut — Le ciel disparut. Devant moi des dunes à perte de vue. Je n’avais pas atteint la fin Juste la porte du lendemain….