
Sous les voûtes de la cathédrale, l'encens recouvre les douleurs. Des milliers d'âmes à genoux attendent que descende l'heure. Je porte le noir des élues, l'or des paroles consacrées. Et dans mes mains, le livre ouvert sur ceux que je dois condamner. J'ai prononcé tant de sentences sous les vitraux des saints de fer. J'ai fait du doute une offense, du moindre cri une prière. J'ai enseigné que la souffrance nous rapprochait du firmament, que le silence était patience, et l'obéissance un serment. Les enfants récitaient mes phrases, les vieillards embrassaient mes mains. Je prenais la peur sur leurs visages pour la foi qui guidait leur chemin. Que sonnent les cloches, que se taisent leurs voix. J'ai porté le Songe comme on porte une loi. Sous l'or et sous la rouille, j'ai béni ce qui broie. Dans les archives sous la pierre, un vieux registre était scellé. J'y retrouvai mes propres prières, mais d'autres mots sous les feuillets. On avait rayé la délivrance, ajouté le devoir d'obéir. Fait d'une promesse une sentence, d'une parole un ordre à subir. Sur les pages, les signatures de ceux qui m'avaient enseigné. J'ai reconnu, dans la poussière, les mots de ceux que j'avais fait taire. Que sonnent les cloches, j'entends remonter leurs voix. J'ai porté le Songe en leur imposant sa loi. Sous l'or et sous la rouille, leurs silences retombent sur moi. Croire. Produire. Monter. Au matin, sous la grande coupole, une femme attend son jugement. Elle a transmis les mêmes paroles qu'on efface depuis cent ans. Les gardes entourent la chaire, le livre tremble entre mes mains. Je lis les mots qu'on voulait taire, sans savoir ce qui vient demain. Je n'ai demandé ni pardon, ni absolution, ni clémence. J'ai lu les mots qu'on leur volait, jusqu'au dernier vers de la sentence. J'avais fait taire tant de bouches pour une vérité sans visage. Ce n'était pas le ciel qui mentait. C'étaient les mains qui tournaient les pages. Que sonnent les cloches, je ne couvrirai plus leurs voix. J'ai porté votre Songe, je ne porterai plus vos lois. Sous l'or et sous la rouille, les mots ne vous appartiennent pas. Les gardes montent vers la chaire. Les grandes portes se referment. Dans la nef, un enfant se lève et répète les mots qu'il entend. Puis une femme. Puis cent voix. Je referme le livre sous les cloches qui sonnent l'alarme. Ils peuvent encore m'emmener. Mais qui fera taire ceux qui doutent désormais ?

