
On m'a toujours vendu la même histoire... "Tiens bon... Après ça ira." Alors j'ai attendu... Comme tout le monde. Le réveil m'arrache au rêve avant même le lever d'jour, J'enfile mes habitudes comme on remet une armure. Le miroir connaît mes cernes mieux qu'mon propre sourire, J'sors gagner de quoi survivre... en oubliant de vivre. Les enveloppes blanches connaissent l'chemin d'la maison, Elles frappent sans dire bonjour, jamais sans une raison. À peine j'en ferme une, deux patientent sur l'palier, Comme si mes fins d'mois avaient signé pour durer. J'échange mon temps contre des chiffres sur un relevé, Qui disparaissent avant même d'avoir pu respirer. Le patron prend mon énergie, la banque prend mon salaire, Et moi j'garde l'illusion qu'la prochaine sera la dernière. La voiture tousse un lundi... évidemment à sept heures... Les emmerdes ont l'élégance de choisir les pires heures. Alors j'me répète encore... Encore celle-là... Après j'te jure... Encore celle-là... Après j'reprends mon souffle. Encore celle-là... Après la vie sera plus douce... C'est c'que j'me raconte... Depuis toujours. Les années filent sans bruit, elles n'claquent jamais la porte, Elles emportent des visages avant qu'on s'rende compte. Les copains deviennent des "faudrait qu'on s'revoie bientôt", Des messages jamais envoyés, des silences de trop. L'amour perd des couleurs sans casser les fenêtres, Deux cœurs restent côte à côte sans vraiment se connaître. On partage le même toit, les mêmes murs, les mêmes clés, Mais parfois l'habitude finit par tout cambrioler. Les parents deviennent vieux pendant qu'on fait nos horaires, Leurs cheveux gris racontent ce qu'on refuse de voir faire. On dit : "J'passerai dimanche..." parce qu'on croit maîtriser... Mais le temps n'a jamais appris... À patienter. Puis un médecin prononce une phrase presque banale... Et d'un coup... L'avenir change complètement d'échelle. Encore celle-là... Après ça ira mieux... Encore celle-là... Après... Je soufflerai. J'ai longtemps cru... Que la vie commençait Après les galères. Après les crédits. Après les ruptures. Après les douleurs. Après... Après... Puis j'ai regardé derrière. Tous les combats gagnés. Toutes les tempêtes traversées. Tous les "encore un effort". Et j'ai cherché... Le jour où j'étais censé vivre. Je l'ai jamais trouvé. Parce qu'à chaque problème réglé... La vie en écrivait un autre. À chaque éclaircie... Le ciel préparait déjà sa pluie. J'avais passé plus d'temps À attendre le calme... Qu'à regarder le soleil Entre deux orages. On passe pas notre vie... À traverser les épreuves. On passe notre vie... À attendre qu'elles s'arrêtent. On se raconte toujours la même histoire. "Quand j'aurai payé..." "Quand j'aurai trouvé un meilleur boulot..." "Quand les enfants seront grands..." "Quand je serai enfin tranquille..." Mais y a toujours... Un autre "quand". Toujours une autre montagne. Toujours une autre peur. Toujours une autre facture. Le problème... C'est pas que la vie soit difficile. Le problème... C'est qu'on croit toujours... Que la difficulté est provisoire. Puis j'ai compris. Il n'y aura jamais... Encore celle-là. Il y aura toujours une suivante. Le piège... C'était pas les épreuves. Le piège... C'était d'attendre qu'elles finissent... ...pour commencer à vivre.

