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Sextine - A demi-mots

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V4.5

Il est des amours qui ne trouvent jamais le courage de franchir les lèvres : ils tournent en silence autour d’un regard, nourris par la peur, le souffle et l’attente, jusqu’à comprendre que l’oubli n’était qu’un refuge et que le cœur, lui, n’avait jamais cessé d’aimer. 2025(c) Ambre La sextine est une forme poétique fixe, inventée au XIIe siècle par Arnaut Daniel. Elle est composée de six sizains (strophes de six vers) suivis d'un tercet final (tornada). Sa particularité principale réside dans la répétition des six mêmes mots à la fin de chaque vers, lesquels sont permutés selon un ordre précis (la retrogradatio cruciata) à travers les strophes, et tous repris dans le tercet final. Les six mots : oubli silence, courage, regard, peur, souffle. ============================================== Je t’observe encore, dans un épais oubli Tu ne vois pas mon discret silence, Je me cache pour préserver mon courage, Mes mains tremblent sous ton regard, Chaque battement réveille une ancienne peur, Et dans mes veines monte un profond souffle. Mon cœur s’arrête à ton moindre souffle, Je m’efface, noyée dans l’oubli, Ton absence aiguise cette même peur, Qui me contraint à ce lourd silence, Alors que je cherche encore ton regard, Pour y puiser un fragment de courage. Tu ne sais rien de ce courage Qui me manque à chaque souffle, Détournant, lâche, mon regard, Pétrifiée par le feu de l’oubli, Je me tais, livrée au silence, Prisonnière d’une invisible peur. Je rêve de m’arracher à cette peur, De t’écrire au nom d’un courage Qui viendrait briser le silence, Et déposer sur ta joue un souffle Plus vrai que mille jours d’oubli, Plus pur que le plus sincère regard. Mais tu passes, et fuis mon regard, Sans deviner l’abîme de peur Que je cache au fond de l’oubli, Là où je crois enterrer le courage, Mais où renaît en secret le souffle, Malgré moi, entre les fils du silence. Car je suis faite de ce silence, Et de l’attente qui cherche un regard, De l’éclat fragile de ton souffle, De cette ancienne et fidèle peur, De ce rêve nommé courage, Et de ce que tu crois n’être qu’un oubli. [Tornada] Je retiens encore mon silence, mon regard se perd, Entre souffle et peur, s'insinue mon courage, Mais je ne suis pas oubli - je suis l’amour qui se terre.