
Ce corps qui voulait disparaître...
Pendant longtemps… son corps avait appris à prendre le moins de place possible Comme si exister pleinement était devenu dangereux depuis longtemps Alors elle se tenait souvent : courbée Les épaules refermées Les vêtements larges Comme si cacher ses formes allait la protéger : du regard des autres Parce qu’à mesure que son corps devenait femme Les regards changeaient Et elle ne comprenait pas encore : pourquoi être vue créait autant d’insécurité à l’intérieur d’elle Alors elle apprit : à s’effacer discrètement À devenir petite À ne pas trop attirer l’attention Même quand son cœur avait profondément besoin : d’exister librement Pendant longtemps elle n’arrivait pas à prendre de poids Son corps semblait vivre : en tension permanente Comme s’il brûlait silencieusement toute son énergie : à survivre intérieurement Alors les années passaient Et elle devenait de plus en plus maigre Jusqu’à ne presque plus reconnaître : la femme qu’elle était devenue Les gens l’appelaient : “Squeletor” Sans voir : la détresse derrière ce corps épuisé 42 kilos Une poitrine disparue Un regard fatigué Et cette sensation permanente : de ne jamais réussir à habiter vraiment son propre corps Alors quand quelqu’un la regardait trop longtemps Son système nerveux s’embrasait immédiatement Comme si un simple regard pouvait devenir : une menace Alors elle agressait parfois les gens : “Arrête de me regarder.” Parce qu’au fond : son corps avait appris très tôt que la visibilité pouvait être dangereuse émotionnellement Un enfant qui grandit : dans l’insécurité les tensions les projections les humiliations et la peur permanente peut finir par croire inconsciemment : qu’être vu n’est pas totalement sûr Alors le corps apprend : à se contracter à se cacher à se courber et à disparaître silencieusement Et plus sa féminité devenait visible Plus elle cherchait parfois : à l’effacer Comme si son système nerveux essayait encore : de survivre à travers l’invisibilité Ce corps qui voulait disparaître n’était pas : un corps faible C’était un corps épuisé par des années : de survie silencieuse Un corps qui avait appris : à porter la peur à absorber les tensions et à vivre constamment : en état d’alerte Alors elle chercha pendant des années : des solutions pour continuer à tenir Acupuncture Remèdes naturels Tentatives lentes : de réparer intérieurement ce que personne ne voyait vraiment Mais au fond : son corps avait surtout besoin : de sécurité de douceur et d’un endroit où il pourrait enfin respirer Puis un jour elle est partie loin Très loin de la Lorraine Et lorsqu’elle est arrivée à Grenoble… Quelque chose a commencé : à revivre doucement en elle Elle a découvert : la danse Le mouvement La musique Les danses de salon Les tissus Les vêtements qu’elle créait elle-même Comme si son corps essayait enfin : de revenir à la vie Alors progressivement elle a recommencé : à aimer exister À rire davantage À respirer autrement À prendre sa place Et à comprendre : qu’elle n’était pas née pour disparaître afin de rassurer le monde autour d’elle Pendant longtemps elle avait cru : qu’être invisible la protégerait Mais aujourd’hui… elle commence enfin : à habiter son corps autrement Ce corps qui voulait disparaître réapprend doucement : à vivre Non plus : dans la honte la peur ou l’effacement Mais dans : la présence la conscience le mouvement et la liberté intérieure Pendant longtemps… son corps avait essayé : de survivre en silence Aujourd’hui… il recommence doucement : à exister sans s’excuser.

