
Simple chanson du troubadour
Moi, je ne suis que le troubadour de l’univers de la Sainte Flanelle. J’ai demandé la permission de chanter sur le parvis de la cathédrale, juste devant les porches. En tant que trouvère, c’est-à-dire trouveur de mots, je ne suis pas sévère, mais sur le cœur, j’en ai gros. Nous nous retrouvons devant une jeune équipe qui manque de constance d’une partie à l’autre, selon les circonstances, d’une période à l’autre. Ce n’est pas la capacité qui manque, c’est souvent l’intensité qui flanche. La partie d’hier en a été la preuve : oubliez la première, ils vivaient en troisième. Ils oublient, parce qu’ils sont jeunes, que l’été est fini. La veille d’une partie, disait Charles-Augustin Sainte-Beuve, on doit rester tranquille au lit. On se repose, dodo, pyjama à pattes comme les tout-petits. J’ai bien analysé l’affaire, j’ai bien pensé à leurs délits : c’est assez simple — faut pas qu’ils veillent, il faut laisser dormir les petits. On ne peut pas ressusciter Pat Burns, qui, ancien policier de Montréal, allait les chercher par la peau du cou comme des lapins dans un clapier, clappant des mains : « Hop, au dodo mon petit loup ! » L’Halloween est bien fini, cessons de jouer à Batman. Ne contristons pas Saint-Maurice Richard, le seul capable de déménager la veille. Ils sont trop jeunes : faut pas qu’ils veillent. Le mot majeur dans notre institution devrait être la stabilisation. Écoute, mon petit Pitou : faut pas que tu veilles, et sois en forme le lendemain, c’est tout. Rappelle-toi, dans ton enfance, le centre du pouvoir qui régissait l’univers des enfants dans la vie : « Il faut que tu patines, ne penche pas sur la bottine, et dans toutes tes décisions ultimes, oublie le style. » Tu prends le poque et tu l’envoies au filet. Prends le poque et tu l’envoies au filet. Prends, prends le poque et vlam ! au filet. Ne fais pas le porte-flamme, ne te prends pas pour l’oriflamme : tu t’entends avec les petits copains et envoies le poque au filet. Petit but, beau but, vilain petit but laid, prends le poque et envoie-le au filet. Poque, poque, poque, poque, fais la passe à Bibi, assisté par Ti-Gusse. Prends le poque et envoie-le au filet. Prends, prends, prends le poque, poque, poque, poque, poque, et envoie le poque au filet. Ça ne prend pas un baccalauréat : prends le poque et vlan ! au filet. Mais pour ça, il faut être en forme et avoir dormi la nuit. Le lien de confiance qui te relie à la vie : bien fait, vite dit, prends le poque et tu l’expédies au filet avec la collaboration de tes petits amis. Poque, poque, poque, comme la poulette grise qui a pondu dans l’Église, et tu l’envoies au filet — vite dit. C’est la poulette brune qui a pondu sur la Lune : elle a pondu un petit coco pour Titou qui a bien fait dodo, qui prend le poque, poque, poque et l’envoie au filet. C’est la poulette noire qui a pondu dans l’armoire, hier, au vestiaire : prends le poque et sois fier, et envoie-le au filet.

