
Moi, le soleil de l’humanité, Descendant d’un ciel rempli d’étoiles, J’ai perdu mon auréole en tombant su’a Terre, Entre le fleuve pis nos vieilles cathédrales. J’suis né quelque part entre un rang pis un clocher, Là où les cloches réveillaient le village, Où nos grands-mères égrenaient leur chapelet Pendant que l’hiver sacrait après les fenêtres. Je suis le fils de la perdition, Le mouton noir assis au fond de l’église, Celui qui regarde les statues des saints Pis qui demande au Bon Dieu : « Câlice, c’est-tu vraiment ça, la vie? » Du néant jusqu’au sommet de moi-même, J’ai marché sans curé pour me montrer le chemin, Avec ma liberté comme seul évangile Pis le Saint-Laurent qui grondait au loin. Je suis le pouls de l’existence, La vieille loi que personne peut confesser, Le feu caché sous la neige de janvier, Le tonnerre qui roule au-dessus de Charlevoix. Je porte un flambeau comme un cierge de Pâques, Mais ma flamme obéit à personne. Je peux faire trembler les bancs de l’église, Faire danser les saints dans leurs niches, Pis faire lever le soleil Par-dessus les Laurentides. Je suis l’iconoclaste du Bon Dieu, Un enfant terrible du Québec, J’ai de l’encens dans les poumons, Du chaos dans les veines, Pis un vieux sacrament de feu Qui refuse encore de s’éteindre. La vie acceptée. La douleur ressuscitée. J’ai marché devant l’Oratoire Saint-Joseph Avec mes péchés dans les poches, J’ai regardé Notre-Dame de Montréal Briller dans le noir comme une promesse. J’ai suivi les clochers jusqu’à Québec, Traversé les plaines quand le ciel virait noir, Pis rendu à Sainte-Anne-de-Beaupré, J’ai demandé : « Dis-moi donc, Seigneur, Ton étreinte chez l’homme, Est-elle aussi profonde Que le fleuve en plein mois de novembre? » La joie arrive avec l’aube Sur les champs encore blancs. L’extase descend avec le soir Sur les vieilles maisons du rang. Entre les deux, On mange, on aime, on veille nos morts, On baptise, on marie, on enterre, On sacre un peu quand ça va mal Pis on remercie le ciel quand ça va ben. Parce qu’ici, même nos jurons Viennent des affaires sacrées. Tabarnak. Câlice. Sacrament. On a tellement vécu avec l’Église Qu’un jour on a pris ses mots Pour apprendre à crier notre liberté. Je suis nourri de ce vieux courant, Moitié païen, moitié catholique, Entre la croix plantée au bord du chemin Pis les aurores boréales dans le ciel du Nord. Là où le grand En-Haut Rencontre le grand En-Bas. Là où Dieu rencontre l’homme. Là où le péché rencontre le pardon. Là où le ciel rencontre Le Saint-Laurent. Que ça soit écrit Dans les vieux registres de paroisse! Que les cloches sonnent De Montréal jusqu’à Gaspé! Que ça soit fait, Câlice! Éparpillé comme les feuilles d’octobre, Je marche encore. Passé les croix de chemin, Passé les églises aux portes fermées, Passé les fantômes de nos curés Pis les prières de nos grands-mères. Je marche vers cette lumière cassée Qui traverse les vitraux. Et dans chaque morceau de couleur, Je reconnais encore un peu Le vieux Québec en moi.

