
La sextine est une forme poétique fixe, inventée au XIIe siècle par Arnaut Daniel. Elle est composée de six sizains (strophes de six vers) suivis d'un tercet final (tornada). Sa particularité principale réside dans la répétition des six mêmes mots à la fin de chaque vers, lesquels sont permutés selon un ordre précis (la retrogradatio cruciata) à travers les strophes, et tous repris dans le tercet final. Les six mots : grâce, ciel, regard, silence, désir, brûler. [A modern poetic art song structured on the classical sestina form (6 stanzas of 6 lines + 1 final envoi), serving as a lyrical response from a female voice to a man’s sorrowful love. The musical arc should reflect the evolution of perception, compassion, and shared desire through the repetition and transformation of six end-words.] Je suis, sans mots, mais non sans une grâce, ce souffle pur qui descend vers le ciel, doucement penchée au bord de son regard, là où s’éteint le tumulte et le silence, où s’élève sans fin ce long désir, et l’or secret d’un homme qui sait brûler. Je l’ai senti, dans l’ombre, me brûler, comme une offrande à l’autel de la grâce, un chant d’amour mêlé d’un noir désir, que je recueille tombé de lui comme un rayon du ciel. Et j’entends, sous la pierre du silence, le cri vibrant au fond de son regard. Longtemps j’ai fui ce miroir, ce regard, de peur qu’en moi trop fort il vienne brûler, et que je brise à mon tour le silence par un seul mot, un frisson de grâce. Mais rien n’échappe au secret du ciel lorsqu’il s’enlace aux larmes du désir. Pourquoi nier la fièvre du désir, si c’est moi-même qui la fait regard, si mon image habite encor ce ciel, où tant d’amour pourrait encor brûler, et naître pur, au vent doux de la grâce, libérant deux cœurs de leur long silence ? Car je l’entends : plus dense que le silence, plus fort que peur, plus pur que le désir, Souffle ancien qu’on nommait autrefois grâce, revient vers moi par éclats de regard, et me consume, moi aussi, de brûler, jusqu’à trembler l’azur même du ciel. Alors je tends mes mains vers ce même ciel, non pour parler, mais pour rompre le silence, et lui donner le droit même de brûler, sans se perdre dans l’excès du désir, mais pour aimer, d’un invincible regard, celui qui m’adora comme une grâce. [Tornada] Grâce je fus, et par lui je désir, Ciel dans ses yeux, et feu dans mon regard, Silence en lui, en moi douce à brûler.

