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Le phare et la mer

[Instrumental Intro] Cette nuit-là, le vent arrachait les tuiles Et quelque chose entre nous deux a cédé... [La Mer] J'ai avalé ce soir un trois-mâts et ses hommes Leurs cris se sont dissous dans le sel de ma gorge J'ai senti leurs membres battre mes courants sombres Pendant que tu balayais le vide sans réponse ... Tu n'as pas descendu ta lumière vers eux Tu es restée là-haut, droite dans ta vigie Et moi j'ai dû porter leurs corps dans mes cheveux Leurs os contre ma peau comme une litanie... [REFRAIN] Je reviens frapper ta pierre chaque fois Tu ne descends pas, tu restes en froid ! [Le Phare] Tu sais que je ne peux bouger de ce granit Mes racines de fer s'agrippent à la roche J'ai craché toute ma lumière dans la nuit Mais mes signaux mouraient dans ta colère atroce Mon gardien est parti voilà trois jours entiers La lampe vacillait, l'huile presque tarie J'ai brûlé mes réserves pour mieux t'éclairer Pendant que tu noyais leurs pères et leurs fils [REFRAIN] Tu reviens déchirer mes vitres chaque fois Je ne peux partir, je reste en effroi ! [Instrumental Verse] [REFRAIN] Je reviens frapper ta pierre chaque fois Tu ne descends pas, tu restes en froid [PONT] Nous sommes l'un pour l'autre à la fois près et loin Le gardien et le fou, l'espoir et le chagrin Dans cette danse étrange où nos âmes se frôlent Sans jamais se rejoindre sous les astres qui volent [REFRAIN] On se cherche et se blesse à chaque fois On ne peut ni partir ni rester en soi [La Mer] Ce matin j'ai recraché des bottes sur le sable Un harmonica tordu, des lettres dans la mousse Aux mots transparents, à peine encore lisibles Les prénoms délavés qui suintent sur ma couche ... Et toi tu tournais encore, mécanique et froide Balayant le vide de ton œil affaibli Je voyais la rouille dévorer tes parois Tes vitres explosées que personne n'a remplies [Instrumental Chorus] [Le Phare] Mes murs se fissurent depuis cet hiver glacé Des goélands nichent au creux de mes blessures Mes escaliers rouillent, tordus et déplacés Et toi tu continues, marée sans mesure ... Tu m'apportes tes noyés à chaque marée Des algues en lambeaux collées contre ma base Tes remords dans le sel de chaque éclaboussée Et tu voudrais encore que je te donne grâce ? [REFRAIN] Je reviendrai frapper ta pierre encore Tu attendras, glacée, jusqu'à la mort [Break] [OUTRO] Peut-être qu'un jour on nous oubliera tous deux Les cartes marines auront rayé nos prénoms Ta surface lisse, mon cristal silencieux Et nous pourrons enfin dormir sans nul frisson ... Quand les bateaux ne seront que cendres anciennes Quand les hommes auront trouvé d'autres détroits Peut-être que le lierre étouffera nos peines Et que tu déposeras de l'oubli dans ma voix