
Aujourd’hui
Les feuilles d’automne ne cessaient de tomber, au point où le fait de dégringoler au gré du vent leur donnait une teneur féérique au fil du temps, quelque chose de magique, comme les glumes printanières devenues flocons de feuilles dorées. La portion chaude de l’année étant terminée, me voilà à rêvasser, en train de les photographier, un marathon de vitesse lors de la tombée — cinq cents photos, de quoi fixer la vibration saisonnière, de quoi ressentir ma connexion avec la Terre d’où je suis né. On revient chez soi avec la joie d’avoir accumulé un tas de feuilles au paysage saisonnier, de quoi paver de couleur tous mes sentiers intérieurs. Chaque décor capté à tire d’ailes est un sentier pavé de dentelles, de quoi s’étourdir, se désarçonner, tourner de l’œil extérieur vers l’œil intérieur, perdre connaissance quelques instants pour prendre conscience en dedans. Tout cela parle des échos des champs, encore sertis des dernières fleurs saisonnières. Quelques bourdons, au demeurant, butinent encore dans le fond de l’air frais, derniers explorateurs ailés d’un monde prêt à s’endormir pour l’hiver. Et moi, je respire l’air fluidifié de la fraîcheur retrouvée, après la fiévreuse embourbée de l’été passé. Tout cela parle de paix durement acquise à travers le passage des années, tout cela parle d’un temple doré et de son paysage sculpté à même les chevets du cœur. C’est peut-être cela, le bonheur de la fin saisonnière.

