Quand il s’approche, je tends vers lui mon corps, avide de sa langue et de sa bouche, tout en moi s’ouvre et s’allume un ancien feu ; je perds mon nom, mon poids, et même la nuit, car sous ses mains je redeviens ma peau, et dans mes reins renaît un doux souffle. Il m’envahit, et j’échappe en un souffle, entre ses bras, confondue avec son corps. Il déchiffre mes songes sur ma peau, m’ouvre les cieux en effleurant ma bouche, me fait l’amour au bord même de la nuit, jusqu’à brûler le ciel avec ce feu. Mon ventre garde l’empreinte de ce feu, sa caresse y circule comme un souffle, et je m’endors encore pleine de nuit, toute battante au creux de notre corps, le goût de lui vivant sur ma bouche, son nom inscrit dans l’ardeur de ma peau. Chaque aurore recommence sur ma peau, allumant à nouveau le même feu, il revient boire en moi par cette bouche, reprendre, haletant, mon faible souffle, se mêler sans retour à mon grand corps, jusqu’à dissoudre ensemble jour et nuit. Ah ! que jamais ne se lève une nuit où je serais privée de sa peau, privée du chant sacré de notre corps, de ses doigts qui attisent mon propre feu, de ce rythme, ce cri, ce long souffle, de ce fruit mûr qu’est devenue ma bouche. Je ne suis plus qu’un chant entre sa bouche, une offrande dressée dans cette nuit, traversée d’étoiles, d’élan, de souffle, nue comme l’aube, offerte dans ma peau, et plus vivante encor que tout son corps, car ce qui nous unit, c’est bien le feu. corps à bouche, je lui livre mon feu, nuit contre peau, en un long souffle.


